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23/07/2007

N'est pas français qui veut!

Comment poursuivre à propos de ce dont nous parlions la semaine dernière ?

Il semble en fait que les Français ne conçoivent pas la pratique d’une langue selon une échelle de compétences. Ou le locuteur étranger parle de façon à être clairement compris… ou son français ne lui sert à rien.
Cette politique « intégriste » peut sans doute s’expliquer d’au moins deux façons :

1. Tout d’abord, il faut bien avouer qu’une proportion non négligeable de la population française reste linguistiquement « handicapée ». C’est important de le remarquer. Alors que la plupart des Africains par exemple ont l’habitude, dans leur vie quotidienne, d’utiliser au moins deux langues, pour les Français, point de salut en dehors du français. Il s’agit là d’une véritable limite intellectuelle car ceux qui apprennent le français sont dès lors obligés de faire la totalité du chemin vers leur interlocuteur pour autoriser la délivrance du message. C’est là bien mal récompenser les efforts de ceux qui s’emploient à venir vers nous.
2. Et puis, avouons le, il existe bien ce sentiment légèrement condescendant à l’égard de l’autre… cette suffisance tantôt sympathique, tantôt exaspérante… cette fierté plus ou moins mal placée qui fait sans doute partie de nos charmes (après tout !) mais qui représente un frein dommageable à la francophonie en convainquant les Français que les autres n’ont qu’une envie … c’est de les connaître mieux. Et tant pis pour ceux qui n’apprendraient pas le français… Ils ne savent pas ce qu’ils ratent !!! Une telle position, culturellement bien ancrée… ne simplifie certes pas les données du problème.

Bref, globalement, et pour faire dans l’euphémisme, il serait temps de dynamiter le substrat socio éducatif qui détermine les Français dans leur approche de leur propre langue.
Ayons peu d’espoir en ce qui concerne le second point… je prends La Rochefoucauld à témoin et renvoie à la lecture de quelques unes de ses Maximes pour dénoncer la vanité humaine. Tiens, j’en inscrirai quelques unes en citations de la semaine.
Mais tout n’est peut-être pas perdu relativement au premier point, … il semble que des initiatives européennes très intéressantes soient d’actualité… dont le français pourrait grandement bénéficier.
La suite très prochainement.

Arnaud PANNIER

Commentaires

Bonjour Arnaud,

Point n'est besoin de "dynamiter le substrat socio éducatif qui détermine les Français dans leur approche de leur propre langue", ni même de guérir un prétendu handicap linguistique des Français !

Car si récemment je pointais le préjugé infondé d'extrême facilité de l'anglais, il est un autre préjugé qui a la vie encore plus dure, auquel votre message me fait malheureusement penser. J'espère me tromper, mais je crains fort que non. Ce préjugé veut que "les Français sont nuls en langues étrangères". Est-il besoin de vous présenter la dizaine d'arguments réduisant ce préjugé en pièces, ou êtes-vous déjà convaincu de son caractère quelque peu infondé ?

Je crois que vous passez un peu trop vite du défaut d'arrogance des Français, qui est peut être justifié (je ne sais pas, je n'en connais pas assez pour être sûr), à celui de "handicap linguistique" des Français !

Enfin, je note que votre titre "N'est pas français qui veut!" comporte une grosse faute de français (en minuscule), sans même parler de l'absence d'espace avant le point d'exclamation. Et je ne suis pas sûr que ce soit volontaire. Ne vouliez-vous pas dire "francophone" ? S'il s'agit du peuple, on parle de Français (avec une majuscule). Pour un blogue sur la francophonie, en écho à mon commentaire en allemand, encore une fois, ça fait un peu tache :(

Écrit par : Aleks | 24/07/2007

Bonjour Aleks

Je commence par la fin... La faute d'orthographe... Nous parlions de tolérance justement... Est-ce donc un test?
Oui, il s'agit bien d'une faute. Du coup je la conserve... histoire d'assumer pleinement. La lecture des deux ou trois derniers billets vous convaincra peut-être néanmoins de ma connaissance de cette règle.
En cherchant bien... ce n'était pas la première... et ce ne sera sans doute pas la dernière. Mais vous ne pourrez pas ici me reprocher de l'incohérence... Mon billet de vendredi dernier s'efforçait de présenter le caractère à mon sens passéiste des conceptions trop puristes de la langue... Vous comprendrez donc que je ne placerai pas personnellement en parallèle francophonie et maîtrise orthographique. Rassurez-vous. J'essaierai pour autant d'écrire le moins mal possible.

Par ailleurs... à propos des Français nuls en langue étrangère... J'assume encore plus ou moins. Loin de moi l'idée, à l'instar du futur Premier Ministre Yves Leterme considérant les Belges francophones (ah, la majuscule...vous voyez... quand je veux!) inaptes à apprendre le flamand, de considérer le manque de capacités intellectuelles de mes compatriotes...
Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que les jeunes bacheliers français ne brillent pas particulièrement dans les tests européens comparatifs...

Le sujet est vaste. Mais nous aurons nécessairement à y revenir.

Juste pour finir... sur votre remarque de la trop facile proximité entre "arrogance" et "handicap linguistique". Ben si. Pour moi, c'est lié.
Attention! Je n'ai pas l'intention de révolutionner la psychopédagogie de l'apprenant avec un tel argument.
Mais tout de même... on apprend une langue étangère avant tout grâce à une motivation. Si on est intimement convaincu de se suffire à soi en tant qu'individu intégré à une nation... pourquoi diable aller apprendre une langue étrangère?
Pour aller bosser à l'étranger? Attention... nous ne sommes pas dans les pays du Nord de l'Europe. Ce n'est pas du tout la priorité number one (ça vous énerve si je glisse du franglish dans le texte?) de l'étudiant moyen français...
Quand je parlais de dynamitage... il s'agissait de changer grandement la perception que les étudiants peuvent avoir des langues étrangères... pour renouveler leur motivation.

Écrit par : Arnaud PANNIER | 24/07/2007

Bonjour Arnaud,

"Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que les jeunes bacheliers français ne brillent pas particulièrement dans les tests européens comparatifs..."

Vos références (nom de l'étude, site internet, résultats des tests) sont les bienvenues ! Je n'ai jamais vu une telle enquête !

Attention, je ne parle pas de sondage demandant aux Européens quelle langue ils sont capables d'après eux de parler (l'Eurobaromètre, pipeau) ni la petite enquête qui comparaît les pays scandinaves, l'Espagne et la France sur le niveau en anglais de lycéens !

Je n'appelle pas cela des études significatives ni sérieuses. Je serais donc bien curieux de connaître vos sources, car à ma connaissance de telles études comparant les niveaux en langueS étrangèreS n'existent pas.

Il va peut-être falloir que je sorte de mon "hat" (quel beau mélange de glisser des mots anglais dans le texte ;) ) mon récapitulatif dynamitant, au moins en grande partie, ce cliché.

D'accord pour la tolérance orthographique, mais soignez au moins un petit peu les titres, c'est la première chose qu'on voit ! Ou faites les fautes volontairement :)

Écrit par : Aleks | 24/07/2007

Je vous conseille à ce propos la consultation des sites de l'Union Européenne, notamment autour des programmes Eurydice et Socrates dont la production est très riche en données comparatives.

Par ailleurs, vous trouverez quelques données sur le lien suivant :
http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=ELA&ID_NUMPUBLIE=ELA_123&ID_ARTICLE=ELA_123_0313

Enfin, ne soyons pas si sévères avec la portée de l'Eurobaromètre... Se désigner comme locuteur d'une langue, c'est déjà un paramètre intéressant à envisager.

Bien à vous.

Écrit par : Arnaud PANNIER | 24/07/2007

Bonjour,

Du tac au tac, 2 liens en réponse à vos 2 liens :)

En guise de contre-référence, une étude internationale montrant que les Français sont parmi les meilleurs (6ème rang !!) du monde sur le TOEIC (test d'anglais), de quoi tordre le cou pour de bon à ce fameux préjugé !
http://www.studyrama.com/article.php3?id_article=13508

Et dans la foulée une autre étude ayant montré que le étudiants en Grandes écoles en France ont un niveau "opérationnel" en TOEIC (score moyen : 755 points) plus qu'honorable. http://www.studyrama.com/article.php3?id_article=21966

Donc entre des études importantes menées par l'organisme gérant (et se faisant des millions d'euros grâce au) TOEIC et TOEFL démontrant le contraire, et des sondages "stupides" et amateurs, le préjugé n'en mène pas large. Et encore, je n'ai pas sorti l'artillerie lourde :)

Écrit par : Aleks | 25/07/2007

Je vous laisse libre, Aleks, entre un institut commercial et des programmes européens qui associent des experts des divers pays de l'Union, de favoriser le premier aux dépens des seconds.

Je remarquerai peut-être simplement que les publics ciblés par vos études sont très spécifiques : dans le premier cas, ce sont des étudiants qui passent le TOEFL, une certification dont on se préoccupe pour intégrer les universités anglo saxonnes ou le marché du travail américain. Forcément, leur motivation déterminera un certain niveau de langue...
Dans le second cas, il s'agit d'étudiants des Grandes Ecoles ... pas très représentatifs... malgré toute l'estime que j'ai pour eux.

Bien à vous.

Écrit par : Arnaud PANNIER | 25/07/2007

Je tiens tout de même à remettre de l'ordre dans cette série de remarques qui dévie beaucoup du sujet initial.
Mon propos n'a jamais consisté à démontrer que les Français sont nuls en langue étrangère. C'est vous, Aleks, qui formulez cet avis via une interprétation de mon billet de lundi dernier.
Je regrette l'effet anaphorique de ce "j'assume" qui, dans ma réponse, nous a fait emprunter à tous deux, la piste d'un nouveau débat... finalement peu problématique et surtout... pas très intéressant.

Généralement... et d'ailleurs les études que j'ai communiquées vont en ce sens, les Français sont dans la moyenne européenne... Certes, les résultats français ne "brillent pas". Sans doute le pourraient-ils.
Mais pour cela... les jeunes Français doivent changer d'attitude vis-à-vis de leur langue maternelle. Un meilleur apprentissage des langues étrangères ferait d'eux, paradoxalement, et c'est cela mon idée principale, de meilleurs francophones... des adolescents plus ouverts et plus attentifs au monde dans lequel ils s'épanouissent et dans lequel ils pourraient trouver un terrain d'expression plus efficace.
Nous y reviendrons.

Écrit par : Arnaud PANNIER | 25/07/2007

A mon sens, le problème que nous avons concernant les langues vient de notre apprentissage "grammatical" de notre propre langue. Nous exigeons le "sans faute" lorsque l'on parle notre langue, et, du coup lorsque nous devons nous exprimer dans une autre langue nous ne le faisons pas tant que nous ne sommes pas sûr de ne pas faire de faute. Du coup nous nous exprimons moins facilement en anglais, par exemple, alors que nous avons les capacités pour le faire.

Nous avons aussi un problème vis à vis de notre langue, qui a été un élément de centralisation vis à vis de la "nation" francaise au cours du temps. Ainsi dans l'éducation les langues régionales (je prends l'exemple du breton) ont été diabolisées, au lieu d'intégrer une éducation multilingue. Cela a apporté tout de même des bienfaits à l'époque. Mais on en perçoit encore aujourdhui des relents, comme les réticences à ratifier la charte européenne des langues régionales, et l'a priori négatif de l'éducation nationale envers les écoles diwan et dihun.

Écrit par : Enguerran | 25/07/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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