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25/07/2007

Le Cadre Commun de Référence.

Tout cela donc pour dénoncer l’attitude frileuse qu’en tant qu’individus, les Français conservent encore vis-à-vis des langues étrangères.
Or la politique linguistique de l’Union Européenne pourrait nous aider à franchir certaines limites. Qu’elle est-elle ?
L’objectif de cette politique reste certes « idéal ». Dans une Union linguistiquement harmonieuse, il faudrait que dans un petit périmètre, toutes les traductions croisées puissent s’effectuer de façon efficace. Pour ce faire, chaque jeune Européen devrait donc « maîtriser » au moins deux langues de l’Union en plus de sa langue maternelle. Par ailleurs, les systèmes éducatifs de chaque pays, en encourageant une diversité suffisante dans le choix des langues par les élèves, faciliteraient la réalisation de toutes les combinaisons linguistiques possibles.
Il s’agit là, bien entendu, d’un modèle vers lequel il faut tendre et qui me paraît particulièrement pertinent.

Pour aider à la mise en œuvre pratique de ces objectifs tout à la fois éducatifs et politiques, un outil a été créé : le Cadre Commun de référence.
Ce lien vous conduira vers le document qui organise la démarche : http://www.coe.int/T/DG4/Portfolio/documents/Cadre%20de%20reference%20avec%20hyperliens.pdf

En gros, et si je redescends au niveau pratique, chaque apprenant se verra remettre au début de l’année scolaire  un    « passeport de langues » qui lui permettra d’évaluer son niveau selon une grille découpée en différentes strates : A1,   A2, B1, B2, C1, C2.
Ces passeports sont édités chez Didier.

Chacune de ces strates envisage différentes compétences requises dans la maîtrise d’une langue : comprendre – lire – parler – s’exprimer oralement en continu – écrire.
Des paliers sont ainsi définis et une méthodologie accompagne cette structure de façon à convaincre chaque apprenant que ses compétences en telle ou telle langue définisse une opportunité pratique de communication. Certains niveaux deviendront donc des références. Ainsi, on pourra attendre d’un bachelier qu’il soit de niveau C1 dans sa première langue étrangère et B2 dans la seconde. On peut penser aussi au potentiel de cette harmonisation européenne par exemple sur le marché de l’emploi. Un Grec ou un Finlandais diront la même chose en déclarant sur leur CV qu’ils maîtrisent le français à un niveau C1.

L’élève ne se trouve donc plus devant une interrogation quasi existentielle «parler ou ne pas parler, that is the question! ». Le système éducatif lui délivre un message beaucoup plus clair « Voici ce que tu es capable de faire » … un système qui devra cependant aussi davantage mettre en situation cet élève afin de lui dire « Maintenant, fais le ».
Nous avons ici un outil très utile qui pourrait grandement servir la pédagogie des langues étrangères, en France notamment.

Arnaud PANNIER

Commentaires

Bonjour Arnaud,

Avez-vous vraiment lu l'article dont vous m'avez donné le lien ? : http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=ELA&ID_NUMPUBLIE=ELA_123&ID_ARTICLE=ELA_123_0313

En dehors du fait que l'étude citée dans cet article confirme elle aussi que les Français sont au-dessus de la moyenne européenne en langues, l'article est très intéressant.

Je vous invite vivement à le lire attentivement, car ça fait froid dans le dos. Il dit simplement que, contrairement à ce que vous dites, la politique linguistique de l'UE est UN VERITABLE FIASCO. Recherchez dans le texte le "double constat d'échec". 10 ans après la première étude, à peine plus d'Européens parlaient des langues étrangères, et surtout, à part le niveau en anglais qui avait augmenté un peu, suite à l'investissement massif des pays européens en anglais, l'apprentissage des autres langues a sensiblement diminué. La diversité des langues offertes est catastrophiquement faible et en baisse, à cause de la progression de l'anglais. L'article hélas ne donne aucune piste sérieuse pour résoudre ces problèmes.

Ce ne sont donc pas du tout les Français qui sont nuls en langues - même si ce n'est pas le sujet de vos messages - mais l'Europe qui est nulle en langues, malgré ses beaux discours.

Comment pourrait-il en être autrement en réalité, compte tenu du fait que la réelle politique linguistique de l'UE est le tout-anglais : à chaque occasion tous les Commissaires européens parlent en anglais en public, même celui responsable des langues (!!!), les sites internet de l'UE sont essentiellement en anglais, pour la plupart, un tout petit peu en français ; la Commission européenne n'utilise que 3 langues de travail, mais dans la pratique une ou deux (encore un peu le français peut-être), la BCE a pour langue officielle l'anglais, alors que le RU ne fait même pas partie de la zone euro. Bref tout ceci pour dire que l'UE elle-même ne donne pas l'exemple en matière de plurilinguisme.

Ce qui est beaucoup plus intéressant que le Cadre, c'est l'Indicateur de Compétence Linguistique (ICL) qui est en train d'être mis en place, et qui permettra enfin de mesurer les compétences des Européens en langues, de ne plus s'appuyer sur tous ces sondages bidon ... :)
http://www.capcampus.com/formation/langues/la-maitrise-des-langues-etrangeres-en-europe-a8691.htm

Enfin, rappelons que le Cadre commun de référence n'est pas un outil de l'UE, mais du Conseil de l'Europe qui s'intéresse beaucoup plus à la question des langues, voir son site.

Écrit par : Aleks | 26/07/2007

Bonjour Aleks,

La politique européenne a conduit par exemple à la nomination de M. Leonard ORBAN au poste de commissaire au multilinguisme. Auparavant ce portefeuille relevait des compétences d’un commissariat beaucoup plus vaste : « éducation, formation, culture, multilinguisme. »
Cet angle d’attaque témoigne de la montée en puissance de la problématique linguistique.
L’année 2008 a d’ailleurs été désignée « Année Européenne du dialogue interculturel », ce qui va placer ces réflexions au cœur des travaux de la Commission.

Le Conseil de l’Europe, sur ces questions, est un partenaire essentiel de l’Union européenne. Le travail se fait de concert et souvent autour des mêmes personnalités.
Voici pour vous en convaincre un extrait de l’annexe à la Déclaration conjointe sur la coopération et le partenariat entre le Conseil de l’Europe et la Commission Européenne :
« Une attention particulière sera accordée en outre aux activités visant à renforcer la coopération culturelle en Europe dans toute sa diversité nationale et régionale, dans l'esprit des dispositions concernant la promotion de la coopération entre la Communauté européenne et le Conseil de l'Europe dans le domaine de l'éducation et de la culture prévues par les articles 149 et 151 du traité instituant la Communauté européenne. »
La volonté politique qui a conduit au Cadre est tout autant celle du Conseil que de l’UE. Elle est tout simplement celle d’une identité politique européenne en train de se construire.

Non, l’Europe n’est pas nulle en langue.
Elle affronte un problème et se lance un défi.
L’étude que je vous ai communiquée date des années 90.
Les réalisations concrètes du Cadre depuis le début des années 2000 témoignent d’évolutions notables. Aujourd’hui, les systèmes éducatifs de huit pays européens tendent à organiser leur enseignement scolaire en vertu de cet instrument. Les autres sont attentifs. En France, le Ministère de l’Education Nationale est un partenaire de toutes les réunions stratégiques organisées autour du Cadre, notamment au CIEP.
Dans une dizaine d’année, le Cadre sera probablement devenu un outil normatif.

Tout à fait d’accord sur la pertinence de l’Indicateur de Compétence Linguistique.
Mais bon… il s ‘agira d’un outil de statistiques… pas d’un programme cadre.

Écrit par : Arnaud PANNIER | 26/07/2007

A noter qu'à mes yeux la tendance actuelle, enseigner les langues étrangères dès le primaire, est à la fois une hérésie et une hypocrisie.

Hypocrisie, parce que sous ce terme générique de "langues étrangères" se cache l'anglais et l'anglais seulement.

Hérésie pédagogique, parce que l'apprentissage d'une langue étrangère doit s'appuyer sur une acquisition solide de la langue maternelle.

Écrit par : Luigi | 28/07/2007

Hypocrisie, hérésie...
Voici de bien grands mots.

Le véritable bilinguisme n'existe que chez ceux qui ont eu la chance d'être confrontés à deux langues dès leur plus jeune âge.
Pour des questions physiologiques en tout premier lieu : par exemple, l'oreille des jeunes enfants se ferme progressivement et se replie sur le spectre des sons auquel ils sont confrontés dans leur environnement quotidien. A partir d'une dizaine année, un enfant ne pourra plus reproduire la totalité des sonorités d'une langue effectivement devenue étrangère.
La première enfance est sans doute un moment privilégié pour apprendre des langues et je ne crois pas à une "rivalité linguistique". Les enfants des couples mixtes ne confondent pas les mots. Ils savent parler la langue X avec maman, et la langue Y avec papa... sans confusions. Ils n'ont pas besoin de la langue X pour progressivement apprendre la langue Y.
Certes, dans ce cas, il s'agit plus ou moins de deux langues maternelles mais une pédagogie adaptée peut s'efforcer de développer le bain linguistique qui sera un incontestable atout pour les enfants ainsi formés.

Le problème du "tout anglais" que vous évoquiez au préalable, revient souvent au fil des discussions. Je vous propose d'y consacrer les débats de la semaine prochaine.
Bien à vous.

Écrit par : Arnaud PANNIER | 28/07/2007

Entendons-nous bien. Nous parlons de démarches d’apprentissage de langues étrangères dans un cadre scolaire. En évoquant la question du bilinguisme des couples mixtes, vous sortez de ce cadre. Je vois bien que vous pensez ainsi réfuter l’idée que l’apprentissage d’une langue étrangère doit s’appuyer sur l’acquisition de la langue maternelle : vous affirmez que les enfants des couples mixtes « n'ont pas besoin de la langue X pour progressivement apprendre la langue Y ». En dehors du fait que vous considérez ici un cas très particulier, qui ne ressort pas de la pédagogie en tant que telle, je ne suis pas certain de cette affirmation. Il s’agit en effet d’une acquisition mutualisée, où l’apprentissage de chacune des langues s’appuie sur l’autre. L’absence d’ordre chronologique, voilà la principale différence. L’autre différence, c’est que l’apprentissage du langage - les orthophonistes s’accordent tous pour le souligner - est plus tardif chez les enfants des couples mixtes. Et encore faut-il que les deux langues apprises par ces enfants s’arriment solidement l’une à l’autre. Notez par exemple que les enfants de l’immigration dont les parents ne parents ne parlent pas français à la maison, mais qui sont indépendamment plongés dans un bain linguistique français de par le reste de leur environnement, accusent très souvent un large retard dans l’acquisition non seulement du français, mais du langage en général.

Écrit par : Luigi | 29/07/2007

Pour revenir aux démarches d’apprentissage de langues étrangères dans une perspective scolaire, et uniquement scolaire, il est nécessaire à mon sens de tordre le coup à certaines idées défendues sur ce blog. En particulier à la croyance que l’anglais doit sa prépondérance actuelle à sa prétendue simplicité, entendons et de la langue elle-même et de son apprentissage. Si c’était le cas, comment expliquer que le français a longtemps occupé historiquement la première place des langues internationales ?

Je ne reviendrai pas sur cette croyance en la simplicité de l’anglais, qui est évidemment une aberration. L’anglais est une langue complexe, riche et foisonnante. D’une part son orthographe – et les anglophones le reconnaissent bien volontiers - est infiniment plus ardue que l’orthographe française, puisque seulement 50% des mots se prononcent conformément à une graphie régulière, contre 85% en français. Quelques exemples convaincants : la combinaison graphique « ou » peut se prononcer de onze manières différentes en anglais : "famous", "journey", "cough", "dough", "bought", "loud", "tough", "should", "you", "flour", "tour". Inversement le son [i] peut s’écrire de onze manières différentes : "paediatric", "me", "seat", "seem", "ceiling", "people", "chimney", "machine", "siege", "phoenix", "lazy". C’est même pour cette raison précise que les pays anglophones ont adopté une méthode globale d’apprentissage de la langue, que les Bouvard et Pécuchet de la pédagogie française ont voulu à tout prix transposer en français, avec les résultats que l’on sait. Il est dès lors facile de se représenter les ravages que l’apprentissage simultané et dès le plus jeune âge des phonèmes français et anglais peuvent occasionner.
Certes, et vous avez raison, un enfant ne pourra qu’imparfaitement reproduire les sonorités avec lesquelles il ne s’est pas familiarisé dès le plus jeune âge. Mais ces quelques inconvénients de prononciation (qui forment tout le charme d’un accent étranger) ne sont-ils pas infiniment préférables à tous les ravages orthographiques (dans la langue étrangère et la langue maternelle) d’un apprentissage trop précoce ? D’ailleurs, la parfaite prononciation est le propre d’un bilinguisme absolu, qui ne peut-être, vous en convenez par ailleurs, un objectif scolaire.

D’autre part, comme pour l’orthographe, les nouveaux pédagogues français ont voulu imiter les méthodes anglo-saxonnes d’apprentissage sans grammaire. Il est évidemment facile de caricaturer l’enseignement traditionnel de la grammaire à la française, avec ses règles stériles, recopiées indéfiniment sous la férule du maître. La grammaire républicaine, voilà l’ennemi tout désigné, l’obstacle à l’expansion du français dans le monde. Il est d’abord bon de noter que la grammaire anglaise, contrairement à une idée reçue, est elle-même complexe voire parfois hermétique. Et puis il est des langues éminemment grammaticales, les langues à flexion notamment, comme le latin ou le grec, qui ont su s’imposer sans difficulté au reste du monde. Mais surtout, ne l’oublions pas, la grammaire est infiniment utile parce qu’elle fait sens. Elle identifie et relie entre eux les éléments de la phrase, sujets et objets, ainsi que les liens logiques, assurant ainsi clarté de la compréhension et de l’exposition. Il suffit pour s’en convaincre de lire les copies de nos élèves qui, depuis qu’ils ne sont plus formés à la grammaire dès l’école primaire à la suite de la réforme des programmes de 1991, ne sont plus à même de maîtriser leur propre langue. Je tiens des exemples parlants à votre disposition.
Je vous laisse à penser ce qui pourrait advenir si, en plus de cela, on enseignait systématiquement l’anglais en primaire, comme des personnes très averties le préconisent. C’est une théorie séduisante et généreuse, de penser que l’accès scolaire précoce aux langues étrangères en facilite l’acquisition, mais qui est – je le pense profondément - totalement erronée.
D’ailleurs que les petits Anglophones n’apprennent-ils une ou plusieurs langues étrangères, eux qui ont la chance de parler une langue réputée si simple !

Écrit par : Luigi | 29/07/2007

Tout à fait d'accord avec Luigi sur l'hérésie et l'hypocrisie des "langues" dès le CE1, imposer le tout-anglais dès la 2ème classe d'école alors que les enfants ne maîtrisent pas encore leur langue nationale officielle !! je crois que c'est encore pire que les Pays-Bas qui sont réputés pour leur anglo-soumission poussée. La France est-elle vraiment une colonie anglo-étatsunienne ? Quand on parle des Européens trilingues, pourquoi les petits Britanniques n'ont pas de langue étrangère obligatoire dans leur cursus ?

Pourquoi ne pas suivre plutot l'exemple slovène, où les enfants apprennent, dès la 2ème classe, non pas une mais 2 langues étrangères en même temps. C'est ça l'objectif européen de LM+2, ce n'est pas LM + anglais + plusieurs années plus tard des bribes d'une 2ème LVE.

Écrit par : Aleks | 03/08/2007

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