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27/08/2007

Le français est décidément partout (feinte fin).

Pour faire semblant d’en finir avec ces réflexions autour des avantages et inconvénients d’une langue qui se cantonnerait à des usages touristiques, reste à observer l’arrière-plan du problème. Car si l’économie constitue effectivement un agent stratégique essentiel dont le français pourrait très nettement tirer davantage profit (à ce propos, avez-vous vu la publicité pour les Alliances Françaises  sur TV5 ? Une stratégie marketing qui pose bien des questions et qui mériterait que nous nous intéressions à elle, une prochaine fois...) elle ne peut en aucun cas constituer le véritable squelette d’une politique linguistique. Cette remarque me paraît pertinente car elle permet de distinguer français et francophonie et d’étudier en quoi ces deux problématiques doivent être associées.

Quelles seraient les limites d’une politique purement économique de diffusion linguistique ?

La notion de performance tout d’abord constitue t’elle une limite? Il me semble que non. La notion de français sur "objectif spécifique" m’a, je l’avoue, toujours parue un peu problématique. J’ai été moi-même enseignant de français dans un master de business… Il m’apparaît pédagogiquement très étrange de vouloir former des étudiants à intervenir dans une réunion francophone s’ils ne maîtrisent pas  une matrice inclassable dans telle ou telle « spécialité ». Bon, j’ai lu deux ou trois choses et imagine bien qu’il y a là matière à débats. Mais dans de nombreuses méthodes qui sont classées « sur objectif spécifique », je ne vois bien souvent qu’un « habillage » qui conserve toutefois le grand avantage de renforcer la motivation des apprenants en leur proposant des canevas d’apprentissage proches de leurs préoccupations. Pour définir un objectif d’apprentissage, j’aurais personnellement tendance à interpeller le Cadre Commun Européen de Référence et à considérer par exemple qu’un réceptionniste devrait maîtriser un français au seuil A2, français bien entendu "renforcé" de compétences lexicales spécifiques. Les phrases prononcées par ce réceptionniste n’auront donc rien d’artificiel et correspondront à une maîtrise personnelle de la langue. Selon cette vision des choses, la compétence de ce réceptionniste n’est donc pas en cause.

La vraie limite à une vision purement économique serait plus profonde et correspondrait à une intégration personnelle de la langue. Moi, réceptionniste qui maîtrise plus ou moins le français qu’ai-je gagné personnellement à cette acquisition ? Une ligne sur mon CV, peut-être un travail… c’est très important car l’économique engendre de l’économique et si le français débouche sur un mieux vivre, il est crédibilisé. Est-il pour autant devenu légitime ? Il ne s’agit pas de lancer notre réceptionniste dominicain dans des réflexions shakespeariennes  sur l’être ou le non-être… Mais tout de même, une problématique essentielle à la diffusion linguistique repose dans le partage et l’enrichissement intime né du partage.  Disons dans le cas du réceptionniste que ce partage est encore virtuel. N’espérons pas trop qu’il se mette soudain à fréquenter les bibliothèques francophones… mais il pourra rencontrer grâce à son français des individus avec lesquels il pourra se lier d’amitié, et qui lui permettront peut-être de pénétrer une sphère culturelle à laquelle il n’avait pas accès. En espérant d’ailleurs que ces mêmes individus, s'ils sont touristes, chercheront dans le même temps à renforcer leurs propres connaissances de l’environnement culturel dominicain… ce qui ne semble pas souvent le cas, avouons le, dans les hôtels de Punta Cana.

Ce partage est essentiel car il assure une pérennité. Si notre réceptionniste devient  soudain garagiste, il oubliera son français en quelques mois. Si ce français lui permet de trouver une motivation supplémentaire à exercer son métier, s’il accède grâce à lui à de nouveaux plaisirs, à de nouvelles découvertes, il se renforcera.

La dynamique économique peut donc constituer un atout formidable si elle devient un élément déclencheur… si elle rejoint finalement la problématique de la francophonie qui est d’instituer le dialogue interculturel et de promouvoir ce dialogue. En cela, il peut y avoir français sans francophonie, voire francophonie sans français ! On touche là à une responsabilité historique du français qui est aujourd’hui la seule véritable langue à pouvoir constituer le pendant de l’anglais. Il me vient en tête l’image du yin et du yang.  Deux énergies complémentaires et nécessaires : l’anglais comme langue unificatrice autorisant le dialogue mondial mais menaçant ce dialogue par sa tendance unificatrice même, le français réintégrant la diversité en se faisant porte parole des diverses cultures, enrichissant donc le dialogue mondial des nuances qui le composent, mais risquant parfois d’introduire de la confusion ou du déséquilibre.

 

Arnaud PANNIER

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