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31/08/2007

Comment mieux le dire?

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"Au contact des réalités "coloniales", c’est-à-dire des civilisations ultramarines, l’humanisme français s’était enrichi, s’approfondissait en s’élargissant pour intégrer les valeurs de ces civilisations (...). Au moment que, par totalisation et socialisation, se construit la Civilisation de l’Universel, il est question de nous servir de ce merveilleux outil, trouvé dans les décombres du régime colonial (...). La Négritude, l’Arabisme, c’est aussi vous, Français de l’Hexagone !"

Léopold Sédar SENGHOR, "Esprit", novembre 1962.

29/08/2007

Le plurilinguisme : un idéal?

Voici quelques semaines, nous parlions du Cadre européen commun de référence, un instrument qui permet de « calibrer » l’enseignement des langues en Europe, de définir des seuils et donc d’harmoniser les niveaux d’apprentissage dans les différentes langues de l’Union.
Je suis tombé cette semaine sur un rapport intitulé « Le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) et l’élaboration de politiques linguistiques : défis et responsabilités. » Ce document a été produit suite à un forum intergouvernemental sur les politiques linguistiques, forum qui s’est déroulé à Strasbourg, du 6 et 8 février 2007.
Je l’utilise ici pour m’efforcer de contrer la vision traditionnelle qui se développe souvent lorsque l’on réfléchit à une politique de diffusion linguistique. En effet, une telle vision rétrécit considérablement les débats car finalement, le fait de vouloir diffuser une langue est toujours perçu avec ambiguïté. On glisse rapidement : diffuser une langue… diffuser une culture… diffuser une vision politique… Bref dans de nombreux contextes, la crainte du néo-colonialisme n’est jamais bien loin et cette crainte constitue un handicap flagrant pour le développement des compétences linguistiques des individus, des jeunes Européens en particulier.
Alors, je reprends quelques éléments sur lesquels insiste Francis GOULLIER dans ce rapport, dans son étude sur « l’Impact du Cadre européen commun de référence pour les langues et des travaux du Conseil de l’Europe sur le nouvel espace éducatif européen ».
Il y souligne le risque de voir les aspects exclusivement opératoires du CECR découler sur la mise en avant des savoir faire communicationnels, qui s’accompagneraient « du mépris de la nécessité d’une familiarisation des élèves avec l’espace culturel européen et de l’oubli des composantes culturelles et interculturelles qui conditionnent pourtant une véritable communication et qui légitiment d’ailleurs en partie le besoin de plurilinguisme. » (p.40 - 41)


Le plurilinguisme et non la substitution. Il s’agit là d’une donnée fondamentale et qui, je le crois, possède un arrière-plan pas encore complètement transparent. Les conflits perpétuels qui secouent la planète depuis toujours entretiennent bien entendu un sentiment de méfiance vis-à-vis de l’extérieur… et des langues de ces espaces. Les perceptions d’ouverture, d’enrichissement personnel dans l’apprentissage des langues étrangères, sont des perceptions très modernes. Finalement, pendant très longtemps, apprendre la langue d’un autre, ce n’était ni plus ni moins que se soumettre et l’on est en droit de se demander si cette conception des choses a entièrement disparu.
De fait dans nos systèmes éducatifs, cette problématique pourrait conduire à des remédiations, à des réflexions en terme d’interdisciplinarité (Histoire, Langues Vivantes par exemple) qui ne me semblent pas encore d’une puissante actualité.
A travers ces éléments, je m’interroge sur un frein « culturel » qui fait de la langue un média communicationnel et culturel pour lequel on entretient peut-être encore une légère méfiance, méfiance juste assez forte pour briser l’évident besoin des élèves de partager les langues de l’Union comme l’on partagerait les récoltes d’un champ où tous ont travaillé.

Pour achever ce billet, je donne ici la définition du plurilinguisme, telle que la donne le Conseil de l’Europe :
« Une personne plurilingue possède :
- un répertoire de langues et de variétés linguistiques
- des compétences de nature et de niveau différents selon les langues.

L’éducation plurilingue encourage :
- la prise de conscience du pourquoi et du comment on apprend les langues choisies
- la prise de conscience de compétences transposables et la capacité à les réutiliser dans l’apprentissage des langues
- le respect du plurilinguisme d’autrui et la reconnaissance des langues et de leurs variétés, quelle que soit l’image qu’elles ont dans la société
- le respect des cultures inhérentes aux langues et de l’identité culturelle d’autrui
- la capacité à percevoir et à assurer le lien entre les langues et les cultures
- une approche globale intégrée de l’éducation linguistique dans les curricula. »
http://www.coe.int/T/DG4/Linguistic/Division_FR.asp#TopOfPage

Un modèle en direction duquel il faut encore travailler !

27/08/2007

Le français est décidément partout (feinte fin).

Pour faire semblant d’en finir avec ces réflexions autour des avantages et inconvénients d’une langue qui se cantonnerait à des usages touristiques, reste à observer l’arrière-plan du problème. Car si l’économie constitue effectivement un agent stratégique essentiel dont le français pourrait très nettement tirer davantage profit (à ce propos, avez-vous vu la publicité pour les Alliances Françaises  sur TV5 ? Une stratégie marketing qui pose bien des questions et qui mériterait que nous nous intéressions à elle, une prochaine fois...) elle ne peut en aucun cas constituer le véritable squelette d’une politique linguistique. Cette remarque me paraît pertinente car elle permet de distinguer français et francophonie et d’étudier en quoi ces deux problématiques doivent être associées.

Quelles seraient les limites d’une politique purement économique de diffusion linguistique ?

La notion de performance tout d’abord constitue t’elle une limite? Il me semble que non. La notion de français sur "objectif spécifique" m’a, je l’avoue, toujours parue un peu problématique. J’ai été moi-même enseignant de français dans un master de business… Il m’apparaît pédagogiquement très étrange de vouloir former des étudiants à intervenir dans une réunion francophone s’ils ne maîtrisent pas  une matrice inclassable dans telle ou telle « spécialité ». Bon, j’ai lu deux ou trois choses et imagine bien qu’il y a là matière à débats. Mais dans de nombreuses méthodes qui sont classées « sur objectif spécifique », je ne vois bien souvent qu’un « habillage » qui conserve toutefois le grand avantage de renforcer la motivation des apprenants en leur proposant des canevas d’apprentissage proches de leurs préoccupations. Pour définir un objectif d’apprentissage, j’aurais personnellement tendance à interpeller le Cadre Commun Européen de Référence et à considérer par exemple qu’un réceptionniste devrait maîtriser un français au seuil A2, français bien entendu "renforcé" de compétences lexicales spécifiques. Les phrases prononcées par ce réceptionniste n’auront donc rien d’artificiel et correspondront à une maîtrise personnelle de la langue. Selon cette vision des choses, la compétence de ce réceptionniste n’est donc pas en cause.

La vraie limite à une vision purement économique serait plus profonde et correspondrait à une intégration personnelle de la langue. Moi, réceptionniste qui maîtrise plus ou moins le français qu’ai-je gagné personnellement à cette acquisition ? Une ligne sur mon CV, peut-être un travail… c’est très important car l’économique engendre de l’économique et si le français débouche sur un mieux vivre, il est crédibilisé. Est-il pour autant devenu légitime ? Il ne s’agit pas de lancer notre réceptionniste dominicain dans des réflexions shakespeariennes  sur l’être ou le non-être… Mais tout de même, une problématique essentielle à la diffusion linguistique repose dans le partage et l’enrichissement intime né du partage.  Disons dans le cas du réceptionniste que ce partage est encore virtuel. N’espérons pas trop qu’il se mette soudain à fréquenter les bibliothèques francophones… mais il pourra rencontrer grâce à son français des individus avec lesquels il pourra se lier d’amitié, et qui lui permettront peut-être de pénétrer une sphère culturelle à laquelle il n’avait pas accès. En espérant d’ailleurs que ces mêmes individus, s'ils sont touristes, chercheront dans le même temps à renforcer leurs propres connaissances de l’environnement culturel dominicain… ce qui ne semble pas souvent le cas, avouons le, dans les hôtels de Punta Cana.

Ce partage est essentiel car il assure une pérennité. Si notre réceptionniste devient  soudain garagiste, il oubliera son français en quelques mois. Si ce français lui permet de trouver une motivation supplémentaire à exercer son métier, s’il accède grâce à lui à de nouveaux plaisirs, à de nouvelles découvertes, il se renforcera.

La dynamique économique peut donc constituer un atout formidable si elle devient un élément déclencheur… si elle rejoint finalement la problématique de la francophonie qui est d’instituer le dialogue interculturel et de promouvoir ce dialogue. En cela, il peut y avoir français sans francophonie, voire francophonie sans français ! On touche là à une responsabilité historique du français qui est aujourd’hui la seule véritable langue à pouvoir constituer le pendant de l’anglais. Il me vient en tête l’image du yin et du yang.  Deux énergies complémentaires et nécessaires : l’anglais comme langue unificatrice autorisant le dialogue mondial mais menaçant ce dialogue par sa tendance unificatrice même, le français réintégrant la diversité en se faisant porte parole des diverses cultures, enrichissant donc le dialogue mondial des nuances qui le composent, mais risquant parfois d’introduire de la confusion ou du déséquilibre.

 

Arnaud PANNIER

 
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