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01/10/2007

"Protocole d'un jour..."

Prendre position pour ou contre le Protocole de Londres…
C’est drôle comme je serais bien embarrassé de le faire. Non pas que je me replie derrière une pudeur craintive, ou non pas que je ne m’intéresse que modérément à la question.
Mais j’avoue être tout à la fois très cabot et très modeste. J’apprécie qu’on lise les deux ou trois idées mensuelles qui me passent dans la tête. Mais dans le même temps…le vote d’un protocole constitue une décision si marquée et brutale, un spasme si «arbitraire» dans le long mûrissement d’une langue qui se substitue perpétuellement à elle même… Je vous le demande. Que diable en a t-on à faire que je sois pour ou contre le protocole de Londres ? Je laisse ce besoin de se prononcer aux politiques dont c’est le métier de trancher, bien conscient de toute façon qu’une telle décision ne marquera que faiblement le lit du fleuve français.
Un collègue, qui devait me trouver trop impatient, me disait récemment que le temps du développement n’était pas celui de la coopération aux pays en développement. Je crois aussi que le temps du français n’est pas celui de notre pratique du français. Finalement à deux cents ou trois cents années de distance, comprendrions-nous les francophones d’hier ou de demain ?
Je m’égare.

Rendre obligatoire une traduction ne sauvera certainement pas le français si celui-ci est en état de faiblesse. Je souhaite le français fort, dynamique, puissant, enthousiaste. Cela ne m’intéresse pas vraiment qu’il soit institutionnellement ou légalement garanti s’il n’est pas même lu. Or, affirmer que demain le français ne représentera plus que 5% des brevets traduits, c’est affirmer que dès aujourd’hui, seuls 5% des brevets sont lus en français. Dans l’argumentaire de l’ADIF (cf. commentaires du dernier billet), je suis beaucoup moins inquiet de cette annonce programmée d’un déclin du français dans le paysage institutionnel de l’Office Européen des Brevets que de l’annonce de la relative faiblesse des innovations de la recherche française. Car le moteur est bien là. Il n’y aura besoin de français que si le français a des choses à dire. Une langue est perpétuellement dans un besoin de légitimation, une langue n’est jamais pratiquée pour ne rien dire !
Les problématiques du français fonctionnent en spirale et bizarrement la colonne vertébrale n’est peut-être pas le meilleur axe d’intervention possible. Dans le cas qui nous intéresse, je crois que le renforcement d’une politique industrielle serait sans doute le meilleur allié du français… et l’on voit bien comment finalement dans ce dossier, on quitte rapidement le terrain linguistique.

A présent…. Considérer que le français sera défendu par l’adoption du Protocole de Londres… Affirmer que cette décision préserve des intérêts stratégiques… Voici une idée que je ne partage pas et dans laquelle on pourrait sans doute trouver un cynisme coupable...
L’ADIF s’emploie à dénoncer ce qu’elle considère comme d’importantes erreurs d’aiguillage. Je respecte cette démarche que nombre d’entre nous jugerons sans doute très pertinente.
Personnellement, je ne souhaite pourtant pas me placer sur ce terrain politique où deux idées s’affrontent à la tribune… Loi Toubon hier, Protocole de Londres aujourd’hui… D’un artifice à l’autre, je ne considère pas que la francophonie vive ou meure à travers de telles décisions. On me reprochera sans doute de ne pas observer les « enjeux » sous-jacents. Pour moi la situation est beaucoup plus simple : le français n’est légitime que dans un dire. Préserver le français, c’est permettre à des individus et à des peuples de se rencontrer et de se parler. Tout le reste n’est qu’une conséquence de ce besoin de vivre et de travailler ensemble.
Le foisonnement de la base pyramidale créera le certes légitime, mais sans doute bien ironique, besoin de répartir les temps de parole… dans des protocoles.

Commentaires

Bonjour,

Je réagis à titre personnel, étant par ailleurs moi-même conseil en propriété industrielle et donc partie au débat sur le protocole.

Je partage globalement votre analyse et il est effectivement illusoire de considérer que la loi ou le traité pourra avoir un effet significatif sur la pratique d'une langue, à moins d'en proscrire ou d'en limiter autoritairement l'usage.

Si les enjeux du protocole de Londres sont linguistiques c'est principalement en ce que la langue dont il est question est à la fois une langue normative par laquelle on dit le droit et une langue technique par laquelle on s'approprie l'innovation.

Aujourd'hui le droit est dit en français parcequ'il y a traduction de la règle en français. Demain, il sera dit en anglais. Aujourd'hui la technique est décrite et donc disponible au francophone, demain elle sera décrite et disponible aux seuls anglophones.

Le monde de la propriété intellectuelle a été globalisé avant beaucoup d'autre et l'on y parle de nombreuses langues. La défense du français dont il est question ici n'est donc pas "nationaliste", mais bien le refus d'une uniformisation et d'une instrumentalisation de la langue qui est dans nos matières, plus encore qu'ailleurs, un instrument de pouvoir.

La francophonie n'est certaienment pas l'enjeu de ce débat, mais je crains qu'elle en soit une victime collatérale, car le "besoin de vivre et travailler ensemble" peut contraindre à l'abandon de sa langue si elle n'est plus l'instrument d'aucun pouvoir.

C'est ce qui peut faire sortir certain de la neutralité.

Marc LEVIEILS

Écrit par : Marc LEVIEILS | 04/10/2007

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