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09/01/2008

Zombies et francophonie.

Je ne résiste pas à l’idée de faire partager cet excellent article de François PARENTEAU qui fait suite à des billets de fin décembre sur ce blog. J'évoquais alors la situation de la francophonie à Québec.

Je profite de l’opportunité pour souhaiter par ailleurs à chacun d’entre vous, une excellente année francophone, pleine de partage et de culture.

 La langue française contre les zombies

 

Par: François Parenteau

Les nouveaux chiffres sont sortis, comme toujours pêle-mêle et "confusionnants", et les médias ont spinné. Les francophones assez francophones pour parler le français même à la maison quand personne ne les y oblige viennent de passer sous la barre fatidique des 50 % sur l'île de Montréal. Aussi bien dire que le fait français vient de descendre sous le niveau de la mer. Il ne suffit plus que d'une grosse marée linguistique, et c'est la noyade. Du moins, c'est le sentiment général.

Inquiétude, souci et désespérance, les trois lutins Rice-Crispies du débat linguistique québécois, sont donc revenus en force crépiter dans nos oreilles. En fait, remplacez le mot "anglophone" par le mot "zombie" dans les bulletins de nouvelles, et vous avez la toile de fond du film d'horreur que semble percevoir la population francophone du Québec. "Sur l'île de Montréal, les zombies viennent de passer à plus de 50 % de la population." "Nous sommes perdus!" "Fuyons vers les régions pendant qu'il est encore temps! De là, ensemble, nous repousserons leur invasion!". "Bande de pleutres, un peu de nerfs! Rechargeons la loi 101 et nous aurons raison de ces morts-vivants!" "Il est trop tard, les voilà!!!" "Aaaaaaarrgghhhhhhh..."

Puis, après un long silence: "Hey, Stephane, let's go see an untranslated american movie and then grab something to eat on the Plateau..." "O.K., Amelie. Later, I'm gonna review that film in english on Facebook and send a quiz to my friends"

Après tout, c'est vrai que la langue anglaise semble avoir gagné du terrain à Montréal sans qu'on s'en rende compte. Un peu comme les zombies avancent, finalement. On croit s'en sauver, on se retourne, et ils avancent péniblement en marmonnant. On court encore un peu plus, on se retourne encore, et les zombies sont là, plus près que jamais. Pas moyens de semer les zombies. Même en titubant et en perdant des morceaux, ils avancent plus vite que nous.

Et c'est vrai aussi que, d'un point de vue strictement francophone, les anglophones sont des morts-vivants. Ils sont vivants, en ce sens qu'ils marchent, travaillent, mangent, dorment, votent et font des enfants. Mais comme ils font tout ça en anglais, ils sont morts au regard de la communauté francophone. Ils ne créeront jamais rien en français. Ils ne consommeront aucun produit culturel en français. Ils ne retireront rien et n'amèneront rien à la sphère culturelle francophone. Ils la "compétitionnent" même avec la leur propre, indépendante, nourrie à même la culture majoritaire de ce zombie-land qu'est l'Amérique du Nord. Et pire encore, on le sait, ils transforment automatiquement en zombie les francophones avec qui ils entrent en contact. Il n'y a qu'à voir les communautés francophones hors-Québec pour s'en rendre compte.

AYONS TOUS UN AMI ZOMBIE

Sauf que, sauf que, sauf que... Les anglophones et les allophones anglicisés ne sont pas de vrais zombies. Ce sont, quoi qu'on en dise, des citoyens québécois. Ils ont la capacité de s'ouvrir, de changer. Leur "zombiisme" est réversible. Et pour nous, francophones, à partir du moment où on le sait et qu'on agit en conséquence, ils deviennent bien moins terrifiants.

Le pire ennemi de la communauté francophone, c'est son défaitisme, sa résignation. J'ai entendu nombre de clients "audiblement" francophones s'adresser à un commerçant en anglais pour la seule raison qu'ils se trouvaient sur la rue Saint-Laurent. Évidemment, certains commerçants sont plus zombies que d'autres en vous adressant la parole en anglais. La tendance semble même à la hausse. Mais si personne ne leur résiste, croyez-vous qu'ils arrêteront? Si toutes les petites familles francophones se poussent de Montréal vers la banlieue afin que leurs enfants échappent aux zombies anglos, croyez-vous que ça aidera? Si le moindre accent en français déclenche l'anglicisation automatique et volontaire de la conversation, croyez-vous sincèrement que les lois suffiront à franciser les immigrants? Pendant des années, les francophones ont largement agi avec les anglophones comme avec des zombies, en fuyant leur contact. Or, ça ne les fait pas reculer du tout.

Dans le numéro d'automne 2007 de la revue Urbania, consacré à Montréal, Émilie Dubreuil signait un texte fort pertinent sous le titre "Sorry... I don't speak french". Elle y relatait ses contacts avec cette confrérie de nouveaux anglophones québécois habitant typiquement le Mile-End. Des gens branchés, qui tripent sur Montréal, souvent des artistes, très ouverts à mille et une cultures du monde, mais totalement en marge de la culture francophone. Enrageant, en effet.

Mais elle explique aussi comment elle fait de la résistance. En cassant le party, parfois, en affichant sa frustration, en s'indignant. Et ça marche! Or, cette affirmation est la responsabilité de quiconque a à cœur la spécificité francophone de cette ville d'Amérique. Devenez l'ami d'un zombie et parlez-lui français. Il finira peut-être par pouvoir faire mieux que juste le marmonner...

 

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