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17/11/2008

Entretien avec Jean Louis ROY (Partie 1)

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Biographie : http://www.ichrdd.ca/francais/apropos/jeanLouisRoyBio.html

De part votre expérience à la tête de la Francophonie, de part votre vécu quotidien, en tant que simple citoyen et universitaire, quel est l'avenir de la langue française ?

«C’est une question qui se pose pour toutes les langues. C’est très difficile de prévoir l’avenir au sujet d’une langue. Je vais vous donner trois exemples. Si on avait fait cette entrevue en 1985, on aurait convenu tout de suite que la langue russe avait un immense avenir dans la moitié de l’Europe. L’Union soviétique s’est écroulée et la langue russe a dégringolée. Je suis Québécois, on vit tout près des Etats-Unis d’Amérique et quelqu’un qui serait venu me voir en 1980 pour me donner un texte qui aurait dit qu’il y aurait 60 millions d’Américains qui vont parler espagnol en 2008, on aurait pas publier le texte, on aurait dit que c’est une spéculation incertaine. Et puis, qui aurait pensé il y a encore 15 ans que les puissances asiatiques finiraient, comme elles le font maintenant, à développer des politiques culturelles et linguistiques agressives et très hautement financées pour que leurs langues soient apprises dans le monde et aient un rayonnement international, et dans le cas de la Chine, pour que le mandarin devienne l’une des deux langues mondiales avec l’anglais.
C’est très difficile à prévoir l’avenir des langues. La langue française a cependant quelques atouts, elle est d’abord sur les 5 continents. La langue espagnole n’est pas sur les 5 continents, c’est une langue très parlée, elle est parlée maintenant aux Etats-Unis, une grande puissance, plus l’Amérique latine, en Europe, un peu en Afrique et c’est tout. La langue allemande, c’est une grande langue avec 100 millions de locuteurs, c’est un grand pays, la République fédérale allemande, mais elle n’est parlée qu’en Europe, et encore, dans une partie très spécifique de l’Europe. Alors que le français est parlé en Amérique, elle est parlée en Afrique, au Maghreb, au Proche Orient, en Europe évidemment, pas suffisamment mais elle est quand même parlée en Asie, il y a un nouveau pays asiatique qui vient de se joindre à la Francophonie qui est la Thaïlande. Donc son premier atout c’est son ancrage géographique de partout dans le monde.

Deuxièmement, elle a, ces dernières années, fait quelques choix assez audacieux qui viennent consolider sa présence un peu partout dans le monde. Par exemple elle a créé TV5, dont le signal est capté dans 202 pays. C’est une télévision mondiale en langue française et aujourd’hui il y a 75 millions de personnes qui la regardent tous les jours. Au sommet de Québec, elle a obtenu des ressources financières importantes, 25 millions de dollars pour son développement.

La langue française a la chance aussi d’être parlée par plusieurs pays. La langue allemande est parlée en Allemagne, un peu en Suisse et un peu Autriche. Le français est parlé dans une cinquantaine de pays, donc quand on dit que les Francophones vont se concerter ce n’est pas trois pays qui se réunissent, c’est un pays sur trois dans le monde. Depuis que je suis arrivé, en tant qu’ambassadeur de la langue française, j’ai vu une vingtaine d’ambassadeurs des pays francophones. Si j’étais allemand, au titre de la langue allemande je n’aurais vu personne.

La Francophonie n’est pas parfaite, mais elle est quand même organisée. L’Organisation internationale de la Francophonie est réelle. Elle est de plus en plus moteur des autres communautés linguistiques qui se greffent à elle pour un grand nombre de ces initiatives au plan mondial. Dans le cadre de la Convention sur la diversité culturelle de l’UNESCO, dans le cadre du Protocole de Kyoto, le Sommet mondial sur la planète Terre à Rio en 1992, et dans la Conférence de Copenhague qui arrive en 2009 pour le suivi de Kyoto, l’OIF va certainement essayer de travailler en partenariat avec la communauté euro américaine, hispanophone, la communauté lusophone, donc la Francophonie joue ce rôle d’entraînement auprès des autres communautés.
Et puis elle a un potentiel démographique énorme, s’il y a 500 millions de locuteurs de la langue française en 2035, il va y en avoir 300 millions sur le continent africain, qui est majoritaire dans la Francophonie et qui va l’être de plus en plus. Il y a un potentiel de croissance naturelle dans la communauté francophone, même sans tenir compte de l’extérieur, qui est considérable.

On ne peut pas dire quel sera l’avenir de la langue française mais on peut mettre un certain nombre de balises pour dire qu’elle est quand même très solidement enracinée.

Pourquoi dites-vous que la Francophonie est politique par nécessité et culturelle par essence?

Elle est culturelle par essence parce que les langues sont au cœur de l’identité culturelle des peuples. La Francophonie, qui n’attacherait pas une immense signification à cette dimension culturelle, ce serait n’importe quoi, c’est une question très liée à l’héritage spirituel, culturel, linguistique...

Elle est politique par nécessité parce qu’il y a une compétition linguistique dans le monde, et cette compétition ne cesse de s’agrandir maintenant. Elle est politique aussi parce qu’à partir de 1990, les questions liées à l’expansion de la démocratie, au respect des droits humains, sont devenues universelles et il aurait été inimaginable que la Francophonie dise que ces affaires-là ne la concernent pas. Beaucoup de gens ont fait de très sévères critiques, en disant qu’on se prenait pour l’ONU et il y a aujourd’hui encore des gens qui voudraient que la Francophonie soit un grand lycée où on enseigne le français. La Francophonie c’est d’abord les Francophones et les Francophones vivent dans des pays donnés, où il y a des problèmes de gouvernance, où il y a des problèmes de droits humains, de respect des minorités. Donc on ne peut pas réunir 68 gouvernements et dire que ces questions là, on n'en parle pas. On perdrait toute crédibilité immédiatement. Je crois que si la Francophonie se retirait de ces dossiers de nature politique, un certain nombre des Etats membres se retireraient, pas avec fracas, mais au niveau de l’intérêt réel et profond, ils se diraient que notre destin n’est pas simplement la langue française, c’est plutôt la vie des personnes, leurs situations au titre des droits, de la démocratie, au titre de la croissance économique, etc.

La nécessité politique que vous évoquez explique sans doute l'étirement de la Francophonie, qui englobe aujourd'hui des pays où la langue française n'est pas la langue officielle. Cet étirement ne vide-t-il pas la Francophonie de son essence?

Il y a deux points de vue sur cette question. Le premier consiste à dire que les responsables de la Francophonie ont fait une erreur en acceptant le Mozambique, le Ghana, en acceptant la Thaïlande il y a quinze jours, etc…Ceux qui défendent cette thèse ont une vision de la Francophonie très cadastrée, selon laquelle il y a un certain nombre de pays francophones et cela doit rester comme ça sans qu’on en ajoute un seul.
D’autres, dont je suis, constatons que d’autres pays frappent à la porte de la Francophonie, on ne va pas les chercher, ils frappent nombreux à la porte. Ils s’intéressent à ce que font les Francophones au titre de la conscientisation politique, les questions environnementales, les questions de droit, etc. C’est pour cela qu’ils viennent chez nous et nous, en contrepartie, c’est le point de vue d’Abdou Diouf, ces pays qui nous viennent qui ne sont pas Francophones, on va faire un pacte linguistique avec eux et ils vont prendre des engagements liés à la place de la langue française dans leur société, par exemple s’ils n’enseignent pas la langue française ils vont l’enseigner. Ils ne vont pas devenir francophones à 100% comme le Gabon ou le Québec mais ils ne seront pas membres de la Francophonie sans faire un effort du coté de la langue française.
Il y a des pays qui ont tenu leurs engagements, d’autres l’ont moins fait, mais c’est une des choses sur lesquelles Abdou Diouf est des plus vigilants. Il m’a envoyé au Mozambique au mois de mai voir les autorités, j’ai vu le président de la République, pour voir quel est l’effort que le Mozambique est vraiment prêt à consentir.

Commentaires

Quel est le continent de la francophonie

Écrit par : mima | 17/12/2008

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