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03/09/2010

Une chance pour la Suisse?

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« Aucune idée », « Jamais entendu parler de ça », « De quoi s’agit-il ? » Dans les rues de Berne, quand on aborde les passants pour évoquer le prochain sommet de la Francophonie, on se heurte à des regards embarrassés.

« Je ne vois pas le sens d’une telle manifestation. Pourquoi un sommet de la Francophonie ? A mon avis, les Romands devraient d’abord penser à mieux apprendre l’allemand », lance Margrit Westermeier de Jegenstorf bei Bern.

Son mari plaide toutefois pour la tolérance : « Je trouve bien que l’on s’engage pour le maintien de la culture et de la langue ». Une autre quidam abonde dans son sens : « La langue française fait partie de la Suisse. Nous devons nous montrer solidaires ».

Coûts contestés

La tenue du 13e sommet de la Francophonie en Suisse fait suite à des circonstances extérieures. Initialement, le grand raout annuel du monde francophone aurait dû se dérouler à Madagascar. Mais après les tensions politiques de l’an dernier, l’organisation du sommet a été attribué en urgence à la ville vaudoise de Montreux.

Près de 70 chefs d’Etat et de gouvernement, 3000 délégués et des centaines de journalistes sont attendus fin octobre sur la Riviera vaudoise. Pour protéger les participants, environ 6500 militaires seront engagés.

Ce qui ne va pas sans engendrer des coûts importants pour la Confédération : 30 millions de francs ont été débloqués pour l’ensemble de la manifestation. Initialement, la ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey avait réclamé 35 millions de francs. Mais le Parlement, mécontent d’une évaluation jugée exagérée des coûts et de la volonté de faire passer la pilule par la voie urgente, a décidé d’amputer le budget de cinq millions de francs.

Dans la capitale fédérale, la vox populi se montre peu compréhensive à la mention du montant des deniers publics attribués au sommet de Montreux. « C’est la cerise sur le gâteau », tonne Anna Stähli de Berne.

« C’est un peu déplacé de verser autant d’argent pour un sommet », s’emporte un autre Bernois. Ce dernier ne comprend pas pourquoi la Suisse est prête à dépenser autant pour un tel événement alors que, proportionnellement, la Romandie ne représente qu’une petite partie du pays.

Engagement pour le dialecte

« Je suis favorable à ce que l’on soutienne une langue commune comme l’anglais, avec laquelle on puisse communiquer partout », affirme une jeune Zurichoise. « Il serait plus important de s’engager pour le maintien du dialecte, qui est actuellement menacé par la hausse de l’immigration allemande en Suisse », soutient pour sa part Anna Stähli.

Eva Wüthrich partage cet avis : « Les dialectes sont l’essence de notre pays ». Et de plaider pour une utilisation plus consciencieuse des langues, afin d’éviter ce qu’elle nomme « une purée linguistique ». Car pour Eva Wüthrich, le multilinguisme est un « bijou » de la Suisse.

Mark Scherrer estime, lui, que la Suisse alémanique, l’Allemagne et l’Autriche devraient s’engager ensemble pour la revalorisation de la langue allemande et mieux lutter contre les anglicismes.

L’allemand et la Suisse

L’écrivain et professeur émérite de germanistique de l’université de Zurich Peter von Matt trouve l’idée d’un « Commonwealth » à la sauce allemande absolument dénuée de sens. « Les variantes écrites de l’allemand employées par les Suisses, les Autrichiens et les Allemands ont toutes leurs particularités et leur justification. C’est une réalité bien trop peu connue », affirme-t-il.

Peter von Matt est toutefois conscient que la « situation de l’allemand en Suisse est aujourd’hui plus précaire que ce que l’on veut bien admettre ». Au lieu de considérer le dialecte et le bon allemand (hochdeutsch) comme deux formes d’une langue maternelle, le dialecte est déclaré langue maternelle alors que le bon allemand est perçu comme une langue étrangère.

La tendance à vouloir éviter le langage écrit et le bon allemand est grande. « Aujourd’hui, l’ambition d’utiliser une langue de manière complète se dirige presque uniquement sur l’anglais. Mais en même temps, toute notre culture est centrée sur le grand espace linguistique germanophone », soutient Peter von Matt.

Réseau important

Pour Peter von Matt, un sommet de la Francophonie fait sens. Car la langue française est également menacée et oppressée par le développement de l’anglais comme langue globale et scientifique. Ainsi, les expériences réciproques et l’échange d’ informations sont cruciales : « Nous avons besoin de mesures concrètes pour maintenir l’anglicisation de la culture mondiale, qui a certes un sens, dans des frontières raisonnables ».

Grâce à un tel sommet, la conscience et la culture linguistique de nombreux pays ou provinces francophones peuvent être revalorisées. Si le Conseil fédéral (gouvernement) accorde autant d’importance à cet événement, c’est peut-être dû au fait que la ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey y voit un moyen de renforcer la tradition de conciliation de la Suisse, aujourd’hui mise à mal.

L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) peut constituer un réseau important pour la Suisse, qui n’est ni membre de l’Union européenne ni de l’Espace économique européen. En temps que quatrième plus grand contributeur, derrière la France, le Canada et la communauté francophone de Belgique, elle occupe du moins une position importante au sein de l’organisation.

Corinne Buchser, swissinfo.ch (Traduction de l’allemand : Samuel Jaberg)

Source : http://www.armees.com/Un-sommet-de-la-Francophonie-qui-souleve-un-debat-en-Suisse-alemanique,33768.html

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