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28/07/2008

Les langues étrangères... c'est bon pour l'économie!

 

 

Le Forum des entreprises pour le Multilinguisme a été mis sur pied en 2007 afin d’évaluer si les compétences linguistiques des individus pouvaient développer un impact économique au sein de l’espace européen.

Ce Forum a récemment remis un rapport auprès du Commissaire ORBAN chargé des questions du multilinguisme auprès de l’U. E.

Ce dernier a déclaré à cette occasion : « ce rapport du Forum des entreprises plaide en faveur du multilinguisme dans les entreprises européennes, montrant comment la diversité linguistique et l’investissement dans les langues et les compétences interculturelles peuvent devenir de réels facteurs de prospérité et une source de profit pour tous. Ses conclusions et recommandations apporteront une excellente contribution à la nouvelle communication stratégique sur le multilinguisme que j’ai l’intention de présenter en septembre prochain. Elles répondent aussi clairement aux objectifs définis dans la stratégie de Lisbonne pour plus de croissance et d’emplois. »

Les principaux points qui se dégagent de ce rapport sont les suivants :

  1. L’Europe risque de perdre de sa compétitivité face aux économies émergentes, principalement en Asie et en Amériques latine, qui se dotent rapidement de solides compétences linguistiques dans le temps même où leur impact économique se renforce.
  2. Les entreprises ont besoin d’une main d’œuvre de plus en plus diversifiée : il convient donc de promouvoir activement l’apprentissage formel et informel d’une vaste gamme de langues si l’on souhaite que les travailleurs de demain puisse développer un parcours professionnel à échelle européenne.
  3. Des stratégies linguistiques doivent être identifiées et adaptées aux plus hauts niveaux de direction des différentes entreprises de l’Union Européenne. Ces stratégies peuvent consister à investir dans la formation, employer du personnel de langue maternelle différente et assurer une bonne communication multilingue via Internet.
  4. Les entreprises doivent être soutenues dans cet effort, notamment par les conseils du commerce et autres réseaux de promotion des exportations.
  5. Une plateforme européenne est nécessaire pour permettre un échange structuré d’informations et de bonnes pratiques en matière de diffusion linguistique.

De telles recommandations sont très encourageantes : si le linguistique parvient à devenir outil de compétitivité, nul doute que nous assisterons alors au renforcement de positions aujourd’hui encore trop marginales …

Le rapport complet est consultable ici : http://ec.europa.eu/education/languages/index_en.htm

29/08/2007

Le plurilinguisme : un idéal?

Voici quelques semaines, nous parlions du Cadre européen commun de référence, un instrument qui permet de « calibrer » l’enseignement des langues en Europe, de définir des seuils et donc d’harmoniser les niveaux d’apprentissage dans les différentes langues de l’Union.
Je suis tombé cette semaine sur un rapport intitulé « Le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) et l’élaboration de politiques linguistiques : défis et responsabilités. » Ce document a été produit suite à un forum intergouvernemental sur les politiques linguistiques, forum qui s’est déroulé à Strasbourg, du 6 et 8 février 2007.
Je l’utilise ici pour m’efforcer de contrer la vision traditionnelle qui se développe souvent lorsque l’on réfléchit à une politique de diffusion linguistique. En effet, une telle vision rétrécit considérablement les débats car finalement, le fait de vouloir diffuser une langue est toujours perçu avec ambiguïté. On glisse rapidement : diffuser une langue… diffuser une culture… diffuser une vision politique… Bref dans de nombreux contextes, la crainte du néo-colonialisme n’est jamais bien loin et cette crainte constitue un handicap flagrant pour le développement des compétences linguistiques des individus, des jeunes Européens en particulier.
Alors, je reprends quelques éléments sur lesquels insiste Francis GOULLIER dans ce rapport, dans son étude sur « l’Impact du Cadre européen commun de référence pour les langues et des travaux du Conseil de l’Europe sur le nouvel espace éducatif européen ».
Il y souligne le risque de voir les aspects exclusivement opératoires du CECR découler sur la mise en avant des savoir faire communicationnels, qui s’accompagneraient « du mépris de la nécessité d’une familiarisation des élèves avec l’espace culturel européen et de l’oubli des composantes culturelles et interculturelles qui conditionnent pourtant une véritable communication et qui légitiment d’ailleurs en partie le besoin de plurilinguisme. » (p.40 - 41)


Le plurilinguisme et non la substitution. Il s’agit là d’une donnée fondamentale et qui, je le crois, possède un arrière-plan pas encore complètement transparent. Les conflits perpétuels qui secouent la planète depuis toujours entretiennent bien entendu un sentiment de méfiance vis-à-vis de l’extérieur… et des langues de ces espaces. Les perceptions d’ouverture, d’enrichissement personnel dans l’apprentissage des langues étrangères, sont des perceptions très modernes. Finalement, pendant très longtemps, apprendre la langue d’un autre, ce n’était ni plus ni moins que se soumettre et l’on est en droit de se demander si cette conception des choses a entièrement disparu.
De fait dans nos systèmes éducatifs, cette problématique pourrait conduire à des remédiations, à des réflexions en terme d’interdisciplinarité (Histoire, Langues Vivantes par exemple) qui ne me semblent pas encore d’une puissante actualité.
A travers ces éléments, je m’interroge sur un frein « culturel » qui fait de la langue un média communicationnel et culturel pour lequel on entretient peut-être encore une légère méfiance, méfiance juste assez forte pour briser l’évident besoin des élèves de partager les langues de l’Union comme l’on partagerait les récoltes d’un champ où tous ont travaillé.

Pour achever ce billet, je donne ici la définition du plurilinguisme, telle que la donne le Conseil de l’Europe :
« Une personne plurilingue possède :
- un répertoire de langues et de variétés linguistiques
- des compétences de nature et de niveau différents selon les langues.

L’éducation plurilingue encourage :
- la prise de conscience du pourquoi et du comment on apprend les langues choisies
- la prise de conscience de compétences transposables et la capacité à les réutiliser dans l’apprentissage des langues
- le respect du plurilinguisme d’autrui et la reconnaissance des langues et de leurs variétés, quelle que soit l’image qu’elles ont dans la société
- le respect des cultures inhérentes aux langues et de l’identité culturelle d’autrui
- la capacité à percevoir et à assurer le lien entre les langues et les cultures
- une approche globale intégrée de l’éducation linguistique dans les curricula. »
http://www.coe.int/T/DG4/Linguistic/Division_FR.asp#TopOfPage

Un modèle en direction duquel il faut encore travailler !

23/07/2007

N'est pas français qui veut!

Comment poursuivre à propos de ce dont nous parlions la semaine dernière ?

Il semble en fait que les Français ne conçoivent pas la pratique d’une langue selon une échelle de compétences. Ou le locuteur étranger parle de façon à être clairement compris… ou son français ne lui sert à rien.
Cette politique « intégriste » peut sans doute s’expliquer d’au moins deux façons :

1. Tout d’abord, il faut bien avouer qu’une proportion non négligeable de la population française reste linguistiquement « handicapée ». C’est important de le remarquer. Alors que la plupart des Africains par exemple ont l’habitude, dans leur vie quotidienne, d’utiliser au moins deux langues, pour les Français, point de salut en dehors du français. Il s’agit là d’une véritable limite intellectuelle car ceux qui apprennent le français sont dès lors obligés de faire la totalité du chemin vers leur interlocuteur pour autoriser la délivrance du message. C’est là bien mal récompenser les efforts de ceux qui s’emploient à venir vers nous.
2. Et puis, avouons le, il existe bien ce sentiment légèrement condescendant à l’égard de l’autre… cette suffisance tantôt sympathique, tantôt exaspérante… cette fierté plus ou moins mal placée qui fait sans doute partie de nos charmes (après tout !) mais qui représente un frein dommageable à la francophonie en convainquant les Français que les autres n’ont qu’une envie … c’est de les connaître mieux. Et tant pis pour ceux qui n’apprendraient pas le français… Ils ne savent pas ce qu’ils ratent !!! Une telle position, culturellement bien ancrée… ne simplifie certes pas les données du problème.

Bref, globalement, et pour faire dans l’euphémisme, il serait temps de dynamiter le substrat socio éducatif qui détermine les Français dans leur approche de leur propre langue.
Ayons peu d’espoir en ce qui concerne le second point… je prends La Rochefoucauld à témoin et renvoie à la lecture de quelques unes de ses Maximes pour dénoncer la vanité humaine. Tiens, j’en inscrirai quelques unes en citations de la semaine.
Mais tout n’est peut-être pas perdu relativement au premier point, … il semble que des initiatives européennes très intéressantes soient d’actualité… dont le français pourrait grandement bénéficier.
La suite très prochainement.

Arnaud PANNIER

 
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