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27/11/2008

Abdou DIOUF au Talk de Paris (partie 1)

 

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Retranscription d'une interview de France 24 : le Talk de Paris, avec M. Abdou DIOUF.

M. Ulysse GOSSET.- Bienvenue sur France 24 pour cette nouvelle édition du "Talk de Paris".


La crise financière qui secoue la Planète a fait une victime inattendue : le dernier sommet de la Francophonie qui s'est tenu au Québec et dont les travaux ont été quelque peu éclipsés par l'effondrement des bourses et les menaces de récession mondiale. Face au déclin vertigineux du français et aux appétits de Google, la Francophonie est-elle devenue une utopie ? Une utopie concrète certes, mais une utopie tout de même. Comment assurer la défense de la langue de Molière en pleine mondialisation?

Y a-t-il une troisième voie possible ?


Pour répondre à toutes ces questions, notre invité est le Secrétaire Général de la Francophonie, ancien Président du Sénégal, Abou Diouf, l'une des grandes figures de l'Afrique francophone. Nous allons d'ailleurs lui demander quelles sont les conséquences pour l'Afrique de ce séisme financier qui met en péril l'aide au développement.


Bonjour Monsieur le Président.

M. Abou DIOUF.- Bonjour Monsieur Gosset.


M. Ulysse GOSSET.- Lors du dernier sommet survenu au Québec, vous avez lancé un véritable appel aux chefs d'état présents, y compris Nicolas Sarkozy, un appel à un véritable militantisme en faveur de la Francophonie. Avez-vous été écouté ?


M. Abou DIOUF.- J'ai été écouté, et j'ai été entendu. Maintenant, évidemment, les mots ne suffisent pas, les intentions non plus. Les déclarations de principe ne suffisent pas, ce sont les actes qui doivent suivre. Nous verrons d'ici le prochain sommet si la volonté politique traduite à Québec très fortement se manifestera sur le terrain au niveau de tous les pays francophones et dans les organisations internationales aussi où nous avons l'impression qu'il n'y a pas suffisamment d'agressivité pour obtenir que le français ait toute sa place dans ces organisations internationales.


M. Ulysse GOSSET.- On voit que le président du CIO, par exemple, doit aller se défendre à Pékin pour obliger que le français soit véritablement la deuxième langue des Jeux Olympiques. On a même envoyé un émissaire français pour s'en assurer. Cela veut dire que c'est un combat de tous les instants. Vous appelez au militantisme des chefs d'état. C'est une lutte permanente ?

M. Abou DIOUF.- C'est une lutte permanente, le militantisme des chefs d'état, le militantisme de leurs gouvernements, le militantisme des populations, celui des sportifs.


Vous parlez de Pékin. En fait, à Pékin, j'ai désigné M. Jean-Pierre Raffarin comme grand témoin francophone. Je ne me suis pas me contenter de cela, j'y suis allé moi-même. Je peux vous dire que par rapport aux Jeux Olympiques précédents, nous avons fait de grands progrès à Pékin. Les Chinois ont bien fait les choses. C'est la première fois que la Francophonie signe avec le Comité d'Organisation une convention pour le respect du français.


Vous savez, juridiquement, le français est la première langue. C'est le français et l'anglais. En cas de litige, c'est le français qui fait foi mais il y a loin entre le droit et la pratique.


Je crois qu'à Pékin, nous avons réussi à redresser la barre. Une dynamique a été créée, et c'est une dynamique que nous voulons accompagner à Vancouver et à Londres.

 
M. Ulysse GOSSET.- Vous savez bien qu'il y a des critiques contre la Francophonie, contre l'organisation que l'on accuse d'être une forme d'ONU des Nations Unies sans moyens, une sorte de "grand machin" comme disait le Général de Gaulle, un peu mou, qui ronronne. Que dites-vous à ceux qui disent que c'est "une ONU sans moyen" ?


M. Abou DIOUF.- C'est une méconnaissance grave de la Francophonie. La Francophonie est présente et attractive. Une organisation qui ronronne, qui n'est pas efficace ferait l'objet d'une telle cours ? Combien d'états demandent à chaque sommet à rejoindre notre organisation ?


Aujourd'hui, nous sommes 70 états et gouvernement membres de la Francophonie, membres à part entière, membres associés et membres observateurs. Je crois que c'est un mauvais procès. Et je ne veux pas m'étendre là-dessus.


M. Ulysse GOSSET.- Effectivement, vous l'avez dit, un tiers des états de la Planète sont membres. C'est énorme ! Vous êtes puissants, vous avez de l'argent, et pourtant l'anglais domine.


M. Abou DIOUF.- Je ne dis pas que nous avons de l'argent. L'anglais domine depuis quand ?


Bien avant la création de la Francophonie. L'anglais domine depuis la Première guerre mondiale et la Deuxième guerre mondiale, ce n'est pas le problème. Nous ne sommes pas pour une hégémonie anglophone, nous ne sommes pas pour un exclusivisme francophone, nous sommes pour un monde de diversité. C'est dans la diversité linguistique et culturelle que le monde doit trouver son équilibre et s'enrichir. Voilà quelle est notre position.


Le français est très demandé, contrairement ce que qui se dit. Nous avons actuellement 200 millions de locuteurs francophones partout à travers le monde, pas seulement dans les pays membres de l'Organisation Internationale de la Francophonie. Partout à travers le monde, vous avez une demande de français très forte. Le problème, c'est qu'on n'a pas toujours les moyens, aussi bien au niveau de notre Organisation qu'au niveau des pays membres les plus fortunés, de répondre à cette demande de français. La demande de français est très forte. Le français n'est pas mort.

 

 
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