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23/08/2007

Le français est décidément partout (suite).

Le français en République Dominicaine réduit à l’état d’utilitaire touristique… Situation enviable ? La façon dont cette question est formulée contient en elle-même une réponse et il est vrai que l’on souhaiterait que d’autres enjeux, d’autres problématiques puissent légitimer la présence d’une langue.
Pourtant à y regarder de plus près, cette « aura » touristique présente de nombreux avantages qui s’articulent tous autour de la donnée économique.
La présence d’une clientèle francophone implique un besoin de français (je ne dis pas de francophonie). Des structures hôtelières, des sociétés de services, vont donc se tourner vers des établissements spécialisés : Alliances Françaises, Instituts, écoles privées et vont commander des formations sur objectifs spécifiques qui contribueront au renforcement des positionnements du français dans un paysage local.
C’est une dynamique essentielle. Au niveau institutionnel, cette dynamique participe à la crédibilisation d’opérateurs culturels déployés par le Ministère des Affaires Etrangères français et renforce tout à la fois l’impact, la visibilité et la légitimité de la politique française de diffusion culturelle et linguistique. Pourtant ce n’est peut-être pas, là encore, la donnée principale : car surtout, une telle dynamique stimule le développement d’une activité économique qui, relayée par le secteur privé, est riche d’un énorme potentiel de développement.
C’est l’une des grandes forces de l’anglais. J’avais été frappé lors de mon séjour en Asie du Sud-est de voir la flopé d’établissements qui offraient des cours de langue anglaise, destinés à compléter la formation d’étudiants ou bien celle d’individus qui souhaitaient affiner leur profil professionnel. La qualité de ces instituts était très irrégulière; tous, certes, ne pouvaient se prévaloir de développer une véritable expertise pédagogique. Mais cette exposition de l’anglais entretenait une mécanique sans doute pas très éloignée des principes du marketing : à partir du moment où la demande n’est pas artificielle, une exposition régulière et importante à un produit dynamise la demande. En la circonstance, il semble que la République Dominicaine possède les conditions requises à cette dynamique de la boule de neige. Et à l’image de François GUIZOT, Ministre de Louis-Philippe, on a envie de crier aux partenaires privés : « enrichissez-vous », le français ne pourra trouver que des avantages à ce développement de l’offre.

Bon, « secteur privé », « marketing », « produit »… Je sens déjà que certains lecteurs ne partageront pas ce point de vue.
Je ne cherche pas la simple provocation dans ce propos et je crois profondément que la donnée économique est un levier important qu’il faut savoir utiliser dans une politique opportune et opportuniste de diffusion linguistique.
Toutefois, si l’on désire un véritablement « rayonnement » de la langue française, on ne saurait se contenter de ces éléments et c’est sans doute ce qui explique le caractère un peu artificiel de la présence du français en République Dominicaine, tel que nous le notions.

Français comme simple utilitaire touristique… Position inconfortable, qui reste malgré tout en déficit de légitimité.
On essaiera d’y voir plus clair une prochaine fois.

Arnaud PANNIER

01/08/2007

Réflexions autrichiennes...

Un reportage intéressant sur RFI mardi 31 juillet.
Il évoquait le « recul » du français en Autriche, pays où le français a longtemps représenté la langue des classes supérieures de la population et dans lequel, ici comme ailleurs, cette position s’est érodée progressivement. De plus en plus, les jeunes Autrichiens regardent la langue française comme « démodée » cela parce que le modèle véhiculé par le français n’a pas su s’adapter ou proposer des perspectives jugées pertinentes par ces nouveaux publics.
Le reportage était à ce niveau tristement significatif. Il présentait l’importante niche universitaire comme dernier rempart. Ainsi la langue française semble intéresser beaucoup d’étudiants et de nouveaux cours ont ouverts l’année dernière à cause de listes d’attente conséquentes. Le modèle de la réussite d’après le journaliste : une classe de licence au sein de laquelle les étudiants travaillaient sur un texte de Céline. Le journaliste évoquait la capacité des étudiants à distinguer métaphore et comparaison. Je me suis bien demandé à cette occasion en quoi cette distinction relevait spécifiquement de la langue française…
Bref, cela pour dire que si la politique linguistique universitaire française se résumait à cette conception des choses (heureusement il est probable que non au vu du site de l’ambassade de France en Autriche et à travers par exemple le développement du pôle interdisciplinaire d’études françaises de l’Université d’Innsbruck), il faudrait s’attendre à un déclin prochain de la langue française au niveau de l’université autrichienne.

De quoi poursuivre notre réflexion sur les positions occupées par le français...
Pourquoi un étudiant apprenant le français est-il perçu sur un angle littéraire ? Pourquoi considérer que l’ambition ultime de ce français s’inscrirait dans une démarche d’analyse textuelle ? Nous nous trouvons à mon sens en cette occasion au bord de la caricature.
Le français n’aurait-t-il donc pas aussi vocation à autoriser un échange de réflexions sur un plan scientifique ? Ne peut-on pas prendre en exemple un étudiant en marketing capable de participer à une réunion technique en français ?
Comment capter des publics et les intéresser à l’apprentissage du français si on cherche à leur imposer des objectifs qui ne sont pas les leurs ?
Nous n’allons tout de même pas cantonner le français au plan de la didactique et de l’enseignement! Ce serait d’ailleurs une politique suicidaire puisque s’il n’y a plus de demande, il n’y aura bientôt plus besoin d’enseignants en nombre significatif.

Car par ailleurs… le reportage s’intéressait au choix des langues par les différents publics scolaires. Il montrait clairement que si la première langue choisie ou désirée était l’anglais pour des raisons évidentes, le français conservait une position forte en terme de seconde langue et une position écrasante en terme de troisième langue. Les systèmes éducatifs de la plupart des pays offrent malheureusement peu d’opportunités en matière de troisième langue et au vu de ce que l’on avançait lundi dernier, il faut espérer que cette situation évolue progressivement. Elle limite en effet les positionnements du français qui pourraient être bien plus significatifs ainsi que le développement intellectuel et humain des jeunes Européens.


De tout ceci que conclure ? Que la situation est loin d’être désespérée et qu’avec une lecture stratégique intelligente, le réservoir d’opportunités est énorme pour faire « rayonner le français » et faire vivre l’esprit de francophonie…

Arnaud PANNIER

23/07/2007

N'est pas français qui veut!

Comment poursuivre à propos de ce dont nous parlions la semaine dernière ?

Il semble en fait que les Français ne conçoivent pas la pratique d’une langue selon une échelle de compétences. Ou le locuteur étranger parle de façon à être clairement compris… ou son français ne lui sert à rien.
Cette politique « intégriste » peut sans doute s’expliquer d’au moins deux façons :

1. Tout d’abord, il faut bien avouer qu’une proportion non négligeable de la population française reste linguistiquement « handicapée ». C’est important de le remarquer. Alors que la plupart des Africains par exemple ont l’habitude, dans leur vie quotidienne, d’utiliser au moins deux langues, pour les Français, point de salut en dehors du français. Il s’agit là d’une véritable limite intellectuelle car ceux qui apprennent le français sont dès lors obligés de faire la totalité du chemin vers leur interlocuteur pour autoriser la délivrance du message. C’est là bien mal récompenser les efforts de ceux qui s’emploient à venir vers nous.
2. Et puis, avouons le, il existe bien ce sentiment légèrement condescendant à l’égard de l’autre… cette suffisance tantôt sympathique, tantôt exaspérante… cette fierté plus ou moins mal placée qui fait sans doute partie de nos charmes (après tout !) mais qui représente un frein dommageable à la francophonie en convainquant les Français que les autres n’ont qu’une envie … c’est de les connaître mieux. Et tant pis pour ceux qui n’apprendraient pas le français… Ils ne savent pas ce qu’ils ratent !!! Une telle position, culturellement bien ancrée… ne simplifie certes pas les données du problème.

Bref, globalement, et pour faire dans l’euphémisme, il serait temps de dynamiter le substrat socio éducatif qui détermine les Français dans leur approche de leur propre langue.
Ayons peu d’espoir en ce qui concerne le second point… je prends La Rochefoucauld à témoin et renvoie à la lecture de quelques unes de ses Maximes pour dénoncer la vanité humaine. Tiens, j’en inscrirai quelques unes en citations de la semaine.
Mais tout n’est peut-être pas perdu relativement au premier point, … il semble que des initiatives européennes très intéressantes soient d’actualité… dont le français pourrait grandement bénéficier.
La suite très prochainement.

Arnaud PANNIER

 
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