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19/07/2007

La tolérance... il y a des maisons pour ça!

« On dit souvent que l’anglais est la langue la plus facile à mal parler. Mais politiquement, un des plus grands atouts de l’anglais, plutôt que sa prétendue (et fallacieuse) facilité, c’est la grande tolérance des anglophones, natifs ou seconds, à accepter des non-natifs un anglais plein de fautes, un anglais « cent » fautes, alors que le français reste trop associé au « sans » faute. »

Voici la réaction d’Aleks à mon dernier billet. S’il l’accepte, je l’utilise pour poursuivre la réflexion amorcée. Cette « tolérance » peut sans doute se comprendre, notamment aux Etats-Unis, pays d’immigration où chacun a dû s’intégrer dans la nation commune en se plongeant dans un grand bain linguistique identitaire. Culturellement, les Américains ont ainsi pu développer une approche beaucoup plus souple et créative vis-à-vis de l’anglais. Ils ne jetteront donc peut-être pas la pierre à quelqu’un qui commet des erreurs mais l’encourageront pour faciliter son insertion.

Traditionnellement, le jeune Français forge quant à lui son identité linguistique dans l’apprentissage des règles grammaticales et orthographiques de la langue. Il la perçoit donc selon des angles restrictifs. L’éducation… dont l’une des vocations reste malgré selon ce que l’on peut dire, de séparer le bon grain de l’ivraie, élira donc… ou en tout cas valorisera, ceux qui « maîtrisent » leur langue.

Je ne milite pas pour une « révolution » en ce domaine. Après tout, il s’agit là d’une conséquence de notre Histoire, de la continuité générative de notre état et cela participe donc d’une conscience identitaire. Par ailleurs, les réformes de l’Education Nationale de ces trente dernières années s’efforcent de concilier  maîtrise et expression créatrice. Peut-être peut on aller plus loin en ce sens… sans doute le faut il, mais demandons nous néanmoins s’il est possible d’envisager une expression véritable à partir du moment où l’élève ne maîtriserait que trop peu les outils qui lui permettent de diffuser sa pensée.

Par contre certaines attitudes, sans conteste, sont haïssables. Je pense à un garçon de café s’énervant d’un couple de Japonais qui s’efforçait de passer leur commande dans un français approximatif. Quelques secondes de perdues rue de la Huchette, est-ce un crime de lèse-majesté ? Je pense à des passants, sans doute plus timides que méchants, qui poursuivent leur chemin plutôt que de prêter attention aux efforts balbutiants de touristes qui désirent un renseignement… Ce sont des scènes auxquelles j’ai assisté. En avez-vous d’autres ? Elles sont malheureusement nombreuses… Or, on touche là finalement au fond du problème. La francophonie, c’est aussi développer une attitude citoyenne et respectueuse de l’autre. Répondre en anglais à un touriste américain ou brésilien, se faire comprendre par un jeu de mime, sourire, tout cela engage des rapports humains, fonde ponctuellement une société qui partage de l’identité… une identité qui rassemble et permet d’envisager un avenir commun. Et puisque nous parlions d’école, il y a sans doute là de quoi associer citoyenneté et francophonie et ainsi intégrer ce concept parfois difficile à exprimer, à des programmes scolaires souvent peu fournis en la matière.

Arnaud PANNIER

17/07/2007

"Je parle donc je suis". Une phrase qui ne veut rien dire.

Ce week-end, la francophonie faisait recette : deux concerts se sont réclamés d’elle.

Et pourtant, ces deux manifestations étaient assez différentes l’une de l’autre. Là était leur intérêt et la justification de ce petit billet. Ainsi, deux concerts ont eu lieu : l’un à Paris, à la Bastille, organisé par RFI autour d’artistes africains majeurs comme Ismaël LO ou les bah Cissoko, artistes qui ont illustré la diversité et la beauté des langues africaines. L’autre… ou plutôt les autres… ceux des Francofolies, se sont déroulés comme chaque année à La Rochelle avec l’ambition de stimuler la richesse créative du répertoire contemporain français. La juxtaposition de ces deux événements était particulièrement intéressante.

Ici l’on chantait en français et là non… pourtant dans les deux cas, c’était bien de francophonie qu’il s’agissait. La question est naïve mais légitime. Pourquoi cela ?

Expression créative, rencontres, plaisir. Voici à mon sens les « fondamentaux » de la francophonie. La « Défense et Illustration de la langue française » possède quant à elle un caractère restrictif qu’il faut manipuler avec prudence et  qui ne doit pas devenir un enjeu central dans ce débat.

Sur ce point, on prend le risque de diviser, car l’on peut immédiatement se heurter à certaines conceptions puristes de "la" langue. Ces conceptions possèdent certes une certaine noblesse (un certain ridicule aussi en développant la nostalgie d'époques révolues où le français n’était pas plus beau mais tout simplement différent)  mais elles sont aussi dangereuses du point de vue de la modernité des débats. Car les tendances « grévissiennes », « grammaticales », du « voici comment il faut pratiquer la langue française » ont déjà fait beaucoup de mal en tissant autour de notre langue un réseau de préjugés maintenant solidement attachés. Aujourd’hui, la notion de « langue difficile »  constitue presque un réflexe chez la plupart des étudiants, un peu partout autour du monde. En partie parce qu’il est vrai que les bases linguistiques du français sont plus difficiles à maîtriser que celles de l’anglais par exemple. Mais aussi en partie à cause d’une attitude rigide et normative dont nous faisons montre dans nos politiques de diffusion de la langue française ou tout simplement dans le contact que les Français développent avec « l’autre », attitudes qui ont fini par enfermer le français dans le ghetto de l’élitisme.

Il n’y aurait donc un choix qu’entre pratiquer parfaitement le français ou ne pas le pratiquer du tout ?

Sans doute pas. On y reviendra.

Arnaud PANNIER

13/07/2007

Pour en finir avec la décadence... (Vaste programme!)



Hier encore,… j’avais vingt ans, euh…enfin, plutôt 32 comme d’habitude depuis maintenant quelques mois, et surtout, j’écoutais une émission de RFI intitulée Décryptage. Très bonne émission de « géopolitique pour les nuls ! ». On parlait dans cette émission de la Côte d’Ivoire. Jean-Pierre DOZON en était l’invité. Cet anthropologue est directeur de recherche à l’IRD, et de plus, un intervenant de grande qualité. Au cours des échanges, ce dernier a présenté le déclin des positions françaises dans un pays de plus en plus ouvert aux intérêts américains et chinois… Un déclin qui coïncide avec le développement stratégique de ce pays sur la scène internationale car la Côte d’Ivoire possède d’intéressantes réserves de pétrole et de gaz.
Je trouve ce cas exemplaire d’une attitude malheureusement fréquente … sans incriminer JP DOZON dont le propos n’était pas si grossier, j’essaye de pointer ici un réflexe bien français. Car finalement le message qui se développait était celui-ci : (attention je caricature à l’extrême !) : « Vraiment les Français sont indécrottables ! Nous exerçons une influence inutile pendant un demi-siècle… et maintenant que ce pays pourrait se révéler intéressant pour nos intérêts nationaux… nous nous faisons mettre dehors pas des pays plus puissants ! »
Personne n’est dupe, bien entendu, d’un tel propos et tout un chacun reconnaîtra l’intérêt stratégique de notre partenariat historique et privilégié avec la Côte d’Ivoire… un pays véritablement ami, malgré les épreuves traversées au cours de ces dernières années.
Mais le ton défaitiste et nostalgique de ces discours est bien plus gênant ! Car quoi… Oui, la Côte d’Ivoire et la France entretiennent des relations privilégiées. Oui, la géopolitique contemporaine transforme tous les jours les rapports de force entre les états. Oui, la France doit s’adapter aux contextes qui se dessinent. Mais enfin ! La Côte d’Ivoire ne représente t’elle pas une opportunité exceptionnelle pour la France?
La francophonie linguistique et institutionnelle y est vivante, influente, puissante. Autour de cette francophonie se sont articulées de nombreux contacts politiques, économiques, amicaux ! La France possède tout simplement quelques longueurs d’avance sur des chantiers d’avenir. Exploitons les plutôt que de développer un discours perfide qui possède un fort effet pervers. Car si nos amis ivoiriens l’entendent trop … ils en intégreront les données et nous aurons alors l’air malin de développer un discours auquel finalement, nous serons les seuls à ne pas croire !

Arnaud PANNIER

 
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