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03/08/2008

Espagne : le castillan menacé?

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Décidément… il est fascinant d’observer à quel point l’influence d’une langue est une notion relative et donc polémique.

Nous développons souvent l’idée sur ce blog, que l’espagnol pourrait bien devenir la première langue étasunienne au fur et à mesure qu’avance le nouveau siècle. La langue de Cervantès est aujourd’hui parlée par 400 à 600 millions de locuteurs à travers le monde et apparaît dans une position idéale en terme « d’influence linguistique ».

Néanmoins, pendant ce temps en Espagne, des groupes de pression se constituent afin de défendre les intérêts du castillan (l’espagnol « standard ») devant la poussée des langues régionales que sont le basque, le galicien ou le catalan. Le philosophe Fernando SAVATER déclare ainsi que « depuis quelques années il y a des raisons croissantes de se préoccuper dans notre pays de la situation institutionnelle de la langue castillane ». Le philosophe a été rejoint sur cette position par le romancier péruvien Mario VARGAS Llosa ainsi que par une vingtaine d’autres intellectuels. Ensemble, ils ont publié un « Manifeste pour la langue commune » qui a rapidement pris la forme d’une pétition pour soutenir le castillan face aux langues régionales apparaissant de plus en plus, au sein des provinces concernées, comme des langues officielles exclusives. La pétition, relayée par le journal El Mundo, a recueilli l’adhésion de 135 000 personnes dont quelques personnalités comme la diva Montserrat Caballé et le capitaine de l’équipe nationale nouvellement championne d’Europe de football, Iker CASILLAS.

Ce groupe de pression réclame ainsi une affirmation plus claire de la primauté du castillan sur les langues régionales. Ils dénoncent notamment la multiplication des panneaux de circulation et de documents officiels rédigés dans les seules langues régionales. Parallèlement, une « Plate-forme pour la liberté de choix linguistique » s’est créé pour lutter au Pays Basque contre la volonté du gouvernement régional nationaliste d’éliminer les filières d’enseignement en espagnol ainsi que les filières bilingues espagnol/basque, au profit de la seule filière basque… qui ne comprend que trois heures d’espagnol par semaine.

Que penser de tout ceci ? Les « régionalistes » revendiquent agir dans le sens de la protection d’une diversité linguistique qui a longtemps souffert de la politique autoritaire et répressive de FRANCO. La situation espagnole peut-elle toutefois à terme présenter des risques d’éclatement pour le pays, de même qu’en Belgique ?

Il est bien difficile de se prononcer sur de tels débats… mais fascinant d’observer les enjeux que la langue tisse au sein des communautés humaines. Qui peut encore penser que l’homme n’est fait que pour parler une seule langue quand tous les jours, on voit ainsi l’identité de chacun distribuée dans de si subtils jeux d’influence ?

 

20/12/2007

Le français moins rentable que l'anglais?

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La Commission Bouchard-Taylor qui œuvre en ce moment au Québec a été l’occasion d’alimenter encore le débat linguistique dans cette province.
Charles CASTONGUAY, professeur retraité du Département de Mathématiques et de Statistiques de l’université d’Ottawa a émis la conclusion que même au Québec, il était plus rentable pour les émigrés, notamment allophones, d’apprendre l’anglais plutôt que d’apprendre le français. Ainsi, il apparaît que le revenu des hommes allophones unilingues anglais s’est accru bien plus rapidement que celui des hommes allophones unilingues français, entre les années 1990 et 2000.
En la matière, il convient sans doute de rester prudent car derrière cette statistique se dissimule peut-être d’autres enjeux liés à l’intégration des différents publics de l’immigration. Le facteur linguistique ne serait peut-être dès lors pas le seul critère à considérer dans ce « parcours professionnel » des populations immigrantes.
Néanmoins des discours polémiques se font entendre et M. CASTONGUAY de s’interroger sur la reproduction du clivage linguistico économique, qui pouvait exister dans le passé et instaurer « un sous-prolétariat de langue française qui va remplacer les coupeurs de bois et les porteurs d’eau qu’étaient les francophones vis-à-vis de l’ancienne population britannique ».
Bref, un débat passionné qui dévoile que la francisation des milieux professionnels au Québec développe encore un fort potentiel polémique.


Je m’interrogerais personnellement sur l’impact économique que constitue la maîtrise du français dans la partie anglophone du Canada ? N’apporte t’elle pas, elle aussi, une intéressante plus-value négociable sur le marché de l’emploi?

29/08/2007

Le plurilinguisme : un idéal?

Voici quelques semaines, nous parlions du Cadre européen commun de référence, un instrument qui permet de « calibrer » l’enseignement des langues en Europe, de définir des seuils et donc d’harmoniser les niveaux d’apprentissage dans les différentes langues de l’Union.
Je suis tombé cette semaine sur un rapport intitulé « Le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) et l’élaboration de politiques linguistiques : défis et responsabilités. » Ce document a été produit suite à un forum intergouvernemental sur les politiques linguistiques, forum qui s’est déroulé à Strasbourg, du 6 et 8 février 2007.
Je l’utilise ici pour m’efforcer de contrer la vision traditionnelle qui se développe souvent lorsque l’on réfléchit à une politique de diffusion linguistique. En effet, une telle vision rétrécit considérablement les débats car finalement, le fait de vouloir diffuser une langue est toujours perçu avec ambiguïté. On glisse rapidement : diffuser une langue… diffuser une culture… diffuser une vision politique… Bref dans de nombreux contextes, la crainte du néo-colonialisme n’est jamais bien loin et cette crainte constitue un handicap flagrant pour le développement des compétences linguistiques des individus, des jeunes Européens en particulier.
Alors, je reprends quelques éléments sur lesquels insiste Francis GOULLIER dans ce rapport, dans son étude sur « l’Impact du Cadre européen commun de référence pour les langues et des travaux du Conseil de l’Europe sur le nouvel espace éducatif européen ».
Il y souligne le risque de voir les aspects exclusivement opératoires du CECR découler sur la mise en avant des savoir faire communicationnels, qui s’accompagneraient « du mépris de la nécessité d’une familiarisation des élèves avec l’espace culturel européen et de l’oubli des composantes culturelles et interculturelles qui conditionnent pourtant une véritable communication et qui légitiment d’ailleurs en partie le besoin de plurilinguisme. » (p.40 - 41)


Le plurilinguisme et non la substitution. Il s’agit là d’une donnée fondamentale et qui, je le crois, possède un arrière-plan pas encore complètement transparent. Les conflits perpétuels qui secouent la planète depuis toujours entretiennent bien entendu un sentiment de méfiance vis-à-vis de l’extérieur… et des langues de ces espaces. Les perceptions d’ouverture, d’enrichissement personnel dans l’apprentissage des langues étrangères, sont des perceptions très modernes. Finalement, pendant très longtemps, apprendre la langue d’un autre, ce n’était ni plus ni moins que se soumettre et l’on est en droit de se demander si cette conception des choses a entièrement disparu.
De fait dans nos systèmes éducatifs, cette problématique pourrait conduire à des remédiations, à des réflexions en terme d’interdisciplinarité (Histoire, Langues Vivantes par exemple) qui ne me semblent pas encore d’une puissante actualité.
A travers ces éléments, je m’interroge sur un frein « culturel » qui fait de la langue un média communicationnel et culturel pour lequel on entretient peut-être encore une légère méfiance, méfiance juste assez forte pour briser l’évident besoin des élèves de partager les langues de l’Union comme l’on partagerait les récoltes d’un champ où tous ont travaillé.

Pour achever ce billet, je donne ici la définition du plurilinguisme, telle que la donne le Conseil de l’Europe :
« Une personne plurilingue possède :
- un répertoire de langues et de variétés linguistiques
- des compétences de nature et de niveau différents selon les langues.

L’éducation plurilingue encourage :
- la prise de conscience du pourquoi et du comment on apprend les langues choisies
- la prise de conscience de compétences transposables et la capacité à les réutiliser dans l’apprentissage des langues
- le respect du plurilinguisme d’autrui et la reconnaissance des langues et de leurs variétés, quelle que soit l’image qu’elles ont dans la société
- le respect des cultures inhérentes aux langues et de l’identité culturelle d’autrui
- la capacité à percevoir et à assurer le lien entre les langues et les cultures
- une approche globale intégrée de l’éducation linguistique dans les curricula. »
http://www.coe.int/T/DG4/Linguistic/Division_FR.asp#TopOfPage

Un modèle en direction duquel il faut encore travailler !

 
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