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01/08/2007

Réflexions autrichiennes...

Un reportage intéressant sur RFI mardi 31 juillet.
Il évoquait le « recul » du français en Autriche, pays où le français a longtemps représenté la langue des classes supérieures de la population et dans lequel, ici comme ailleurs, cette position s’est érodée progressivement. De plus en plus, les jeunes Autrichiens regardent la langue française comme « démodée » cela parce que le modèle véhiculé par le français n’a pas su s’adapter ou proposer des perspectives jugées pertinentes par ces nouveaux publics.
Le reportage était à ce niveau tristement significatif. Il présentait l’importante niche universitaire comme dernier rempart. Ainsi la langue française semble intéresser beaucoup d’étudiants et de nouveaux cours ont ouverts l’année dernière à cause de listes d’attente conséquentes. Le modèle de la réussite d’après le journaliste : une classe de licence au sein de laquelle les étudiants travaillaient sur un texte de Céline. Le journaliste évoquait la capacité des étudiants à distinguer métaphore et comparaison. Je me suis bien demandé à cette occasion en quoi cette distinction relevait spécifiquement de la langue française…
Bref, cela pour dire que si la politique linguistique universitaire française se résumait à cette conception des choses (heureusement il est probable que non au vu du site de l’ambassade de France en Autriche et à travers par exemple le développement du pôle interdisciplinaire d’études françaises de l’Université d’Innsbruck), il faudrait s’attendre à un déclin prochain de la langue française au niveau de l’université autrichienne.

De quoi poursuivre notre réflexion sur les positions occupées par le français...
Pourquoi un étudiant apprenant le français est-il perçu sur un angle littéraire ? Pourquoi considérer que l’ambition ultime de ce français s’inscrirait dans une démarche d’analyse textuelle ? Nous nous trouvons à mon sens en cette occasion au bord de la caricature.
Le français n’aurait-t-il donc pas aussi vocation à autoriser un échange de réflexions sur un plan scientifique ? Ne peut-on pas prendre en exemple un étudiant en marketing capable de participer à une réunion technique en français ?
Comment capter des publics et les intéresser à l’apprentissage du français si on cherche à leur imposer des objectifs qui ne sont pas les leurs ?
Nous n’allons tout de même pas cantonner le français au plan de la didactique et de l’enseignement! Ce serait d’ailleurs une politique suicidaire puisque s’il n’y a plus de demande, il n’y aura bientôt plus besoin d’enseignants en nombre significatif.

Car par ailleurs… le reportage s’intéressait au choix des langues par les différents publics scolaires. Il montrait clairement que si la première langue choisie ou désirée était l’anglais pour des raisons évidentes, le français conservait une position forte en terme de seconde langue et une position écrasante en terme de troisième langue. Les systèmes éducatifs de la plupart des pays offrent malheureusement peu d’opportunités en matière de troisième langue et au vu de ce que l’on avançait lundi dernier, il faut espérer que cette situation évolue progressivement. Elle limite en effet les positionnements du français qui pourraient être bien plus significatifs ainsi que le développement intellectuel et humain des jeunes Européens.


De tout ceci que conclure ? Que la situation est loin d’être désespérée et qu’avec une lecture stratégique intelligente, le réservoir d’opportunités est énorme pour faire « rayonner le français » et faire vivre l’esprit de francophonie…

Arnaud PANNIER

 
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