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21/10/2007

Lire en Fête (III).

Troisième étape de notre « Lire en Fête », voici un court extrait du Compère Général Soleil de Jacques Stephen Alexis.

Il y a en vérité plus de mystères dans le cœur de l’homme que dans tous les secrets du vaudou…

De toute façon, il fallait avouer que ce drôle d’oiseau savait y faire! Il lui avait dit : « Hilarion, aie confiance en toi… »Et depuis lors, lui, Hilarius Hilarion, il sentait quelque chose qui le brûlait là, dans sa poitrine, comme une bonne lampée de clairin.

Quand on est un enfant de la misère, de la malchance et de la résignation, la première fois qu’on découvre l’existence de tels mots, voilà de quoi faire éclater la tête ! Ils font peur et on les aime en même temps. On les regarde comme l’arc-en-ciel sous la pluie. Réel, presque palpable, il enjambe de sa grande arche tout le paysage derrière les rais obliques et courbes de la pluie qui jaillit du ventre noir des nuages. La pluie va-t-elle finir, ou n’est ce qu’un mirage ?

Hilarion était riche de confiance nouvelle. Les derniers dogues du désespoir couraient en lui, levant des pensées folles, endormies depuis longtemps au fond de son être. Mais la confiance est un roc. Un simple petit pépin de confiance se multiplie avec une rapidité incroyable. La voix puissante balayait de son souffle chaud les voix syphilitiques de la désespérance. Lâche ou résigné, confiant ou optimiste, un nègre n’a rien à perdre quand il est misérable. La vie tente toujours de planter ses crocs dans le bonheur des hommes.

                       Jacques Stephen Alexis, Compère Général Soleil, chap. II

Ce roman parle d’un événement terrible, le massacre des travailleurs haïtiens de la canne, en République Dominicaine, en 1937. C’est le roman d’une résistance à la folie qui gagne le monde sans que rien ne semble assez puissant pour l’arrêter. Une œuvre majeure, encore.

 

20/10/2007

Lire en Fête (II).

Toujours dans le cadre de « Lire en Fête », un second extrait de littérature haïtienne, l’incipit cette fois de l’un des plus fameux romans haïtiens :

_ Nous mourrons tous…_ et elle plongea sa main dans la poussière : la vieille Délira Délivrance dit : nous mourrons tous ; les bêtes, les plantes, les chrétiens vivants, ô Jésus-Maria la Sainte Vierge ; et la poussière coule entre ses doigts ? La même poussière que le vent rabat d’une haleine sèche sur le champ dévasté de petit mil, sur la haute barrière de cactus rongés de vert-de-gris, sur les arbres, ces bayahondes rouillés.

La poussière monte de la grand-route et la vieille Délira est accroupie devant sa case, elle ne lève pas les yeux, elle remue la tête doucement, son madras a glissé de côté et on voit une mèche grise saupoudrée, dirait-on, de cette même poussière qui coule entre ses doigts comme un chapelet de misère : alors elle répète : nous mourrons tous,_ et elle appelle le bon Dieu. Mais c’est inutile, parce qu’il y a si tellement beaucoup de pauvres créatures qui hèlent le bon Dieu de tout leur courage que ça fait un grand bruit ennuyant et le bon Dieu l’entend et il crie : Quel est, foutre, tout ce bruit ? Et il se bouche les oreilles. C’est la vérité et l’homme est abandonné.

                                       Jacques ROUMAIN, Gouverneurs de la rosée.

Gouverneurs de la rosée est un drame de l’amour, dans un village pauvre où règnent les sécheresses et la dignité. Tout à la fois un chant et un chef d’œuvre.

19/10/2007

Lire en Fête (I).

Pour célébrer « Lire en Fête », je vous propose aujourd’hui, demain et dimanche, la lecture de trois extraits d’œuvres haïtiennes, en espérant, pourquoi pas, que cela puisse guider vos choix lors de votre prochain passage en librairie.

« Oyez, kretyen vivan…Je ne suis plus de votre monde et je ne sais si je le regrette… mes pas ne m’appartiennent plus. Je ne sais si je le regrette, car, quand ils m’appartenaient, ils me menaient trop souvent dans ces antichambres où vous vous dépouillez de vos paltos, de vos masques, où vous jetez à la poubelle vos discours brassant à l’envers les choses et le temps… Je n’ai plus tout à fait mon âme, car, une partie est désormais la propriété de celui qui l’a achetée et vers lequel on me mène. Pensez-vous que je regrette mon essence ? Je serais bien fou. Vous tous qui vous terrez sous votre lit quand vous entendez ma voix nasillarde dans la nuit, vous n’en possédez plus… A chaque fois que le fouet s’abat sur mon dos, je sais que mon humanité part de plus en plus à la dérive. Mais votre humanité à vous tous n’est-elle pas emportée par le tumulte destructeur de la zizanie et de la haine ? Je suis maintenant de la nuit. En dépit de ma souffrance, je m’en réjouis. Cette nuit est ma nuit voile, ma nuit masque, ma nuit mensonge, ma nuit konkon zombi, ma nuit folie, ma nuit rêve. La misère de nuit n’a pas de couleur… »

                                                     Gary VICTOR, la Piste des Sortilèges

 

Un très beau livre dans lequel Persée Persifal, un homme intègre et un opposant politique au Nouveau Pouvoir a été assassiné. Son âme est menacée : Persée pourrait devenir un zombi, un esclave. Son ami, Sonson Pipirit va s’engager sur la Piste des Sortilèges pour le retrouver et le délivrer avant qu’il ne soit trop tard… Il s’engage alors dans une véritable quête qui s’enfonce au cœur de l’identité d’Haïti : Histoire et Vaudou, le récit épique permet d’approcher l’île par le cœur…

 
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