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22/12/2008

Déclin du français dans les Balkans

 

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Déclin de la présence française dans les Balkans : RFI veut supprimer ses émissions en albanais et en serbo-croate

Mise en ligne : lundi 22 décembre 2008

Alors que plusieurs pays de la région ont récemment adhéré à l’Organisation internationale de la Francophonie, RFI envisage de réduire ses programmes : l’albanais et le serbo-croate figurent sur la liste des six langues qui pourraient disparaître des ondes de Radio France internationale en 2009. Un signe inquiétant du déclin de la présence française dans les Balkans. Les journalistes se mobilisent, mais aussi les milieux diplomatiques et les opinions publiques des pays concernés.

Par Mehdi Chebana

Dans le cadre de la réforme de l’audiovisuel extérieur de la France, la direction de Radio France internationale (RFI) a annoncé, le 24 octobre, qu’elle réfléchissait à la suppression de ses programmes dans six langues étrangères pour raisons économiques. Selon le site internet de l’hebdomadaire Le Point, ces programmes sont appelés à disparaître dès le 31 janvier 2009.

Les rédactions albanaise et serbo-croate, basées à Paris sont directement menacées, au même titre que les services allemand, turc, polonais et laotien.

Alors que plusieurs pays des Balkans sont engagés dans le processus d’adhésion à l’Union européenne (UE), les journalistes visés par le projet s’inquiètent de son impact sur la démocratie et les droits de la personne dans une région qui reste, malgré tout, très instable.

« C’est comme priver de lumière des gens qui tentent d’échapper à la noyade », lance un collaborateur du service albanais qui a requis l’anonymat. « Pour beaucoup d’auditeurs, nos émissions sont une fenêtre sur l’extérieur qui présente des chemins de développement pour leur propre pays. Ce serait une erreur de les supprimer ».

« Et quid du pluralisme et de la liberté de la presse ? », s’agace l’un de ses collègues. « À la différence des médias locaux, RFI ne subit pas les pressions des autorités de Tirana. Ainsi, quand on célèbre l’anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’homme, notre rédaction peut dire que ceux-ci ne sont pas toujours respectés en Albanie ».

« Un trait d’union entre Serbes, Croates, Monténégrins et Bosniaques »

Même incompréhension et même inquiétude au sein de la rédaction serbo-croate qui se revendique comme un trait d’union entre Serbes, Croates, Monténégrins et Bosniaques. « Si RFI supprime ses programmes dans notre langue, la vision française de la politique internationale perdra beaucoup de visibilité dans les Balkans », souligne un pilier de la rédaction qui estime qu’il « n’est plus possible de porter la voix de la France dans le monde seulement en français ».

Formée de quatre journalistes titulaires et d’une dizaine de collaborateurs et pigistes à travers l’Europe, la rédaction albanaise propose cinq heures de programmes par semaine dans la langue d’Ismail Kadare. Ces émissions sont diffusées en Albanie mais connaissent également un grand succès au Kosovo où la France est engagée militairement.

La rédaction serbo-croate compte, quant à elle, huit journalistes titulaires, trois pigistes et plusieurs correspondants qui travaillent sur deux émissions d’une demie-heure par jour. Début 2006, RFI s’est associée à l’agence de presse serbe Beta pour mettre en place une station d’information en continu à Belgrade. Baptisée Beta RFI, cette station a débuté ses émissions en février 2007 et propose régulièrement des reportages, des interviews et des duplex préparés par la rédaction parisienne.

Recul de la francophonie

Dans les Balkans, comme ailleurs dans le monde, RFI est fortement concurrencée par les radios étrangères Deutsche Welle, BBC et Voice of America [1] et ce dans un contexte de net recul de la francophonie. Pourtant, à l’instar de la Roumanie, de la Bulgarie et de la Macédoine, l’Albanie est membre à part entière de l’Organisation internationale de la francophonie depuis novembre 1999. La Serbie, la Croatie et la Slovénie ont, quant à elles, un statut d’observateur au sein de l’organisation. Dans tous ces pays, le français perd progressivement du terrain au profit de l’anglais qui est considéré comme la langue des affaires.

La direction de la station juge décevantes les audiences des émissions en serbo-croate et en albanais qui avaient connu leur heure de gloire lors des guerres des années 1990.

« La direction affirme que nous ne faisons pas beaucoup d’audience mais les chiffres qu’elle met sur la table datent de 2003 », déplore-t-on au sein de la rédaction albanaise. « Et puis, nos programmes sont sérieusement malmenés depuis deux ans. Nous ne diffusons plus le matin ni le weekend alors que se sont des moments de grande écoute ».

« Non seulement il n’existe pas de résultats fiables nous concernant mais il n’y a jamais eu véritablement de publicité autour de nos programmes », ajoute un journaliste du service serbo-croate.

Contactée à plusieurs reprises par téléphone, la direction de RFI n’ pas répondu aux sollicitations du Courrier des Balkans mais a toutefois souligné que rien n’était encore décidé. Les programmes en langues roumaine et bulgare, bien plus importants en termes de volume horaire, ne semblent pas menacés.

Vives réactions dans les Balkans et à Paris

Depuis novembre, de nombreuses voix s’élèvent contre le projet imaginé par la direction de RFI. À commencer par les auditeurs qui, par leurs appels et leurs lettres aux rédaction concernées, disent ne pas comprendre le message envoyé par la France aux Balkans.

À Tirana, l’Union des journalistes albanais est montée au créneau par la voix de son président Alexander Cipa. « Nous déplorons ce projet et espérons qu’il n’y soit pas donné suite », a déclaré ce dernier à l’AFP le 4 novembre. « Notre attachement aux émissions de RFI en langue albanaise est d’autant plus fort qu’elles ont connu ces dernières années une hausse régulière de leur audience et qu’elles répondent à un besoin croissant en information de l’auditoire albanophone non satisfait par les autres médias audiovisuels locaux. »

Plusieurs personnalités albanaises, dont la fille de l’écrivain Ismail Kadare, qui représente l’Albanie auprès de l’Unesco, ont également exprimé leur hostilité au projet.

Couvrant quatre pays entretenant des relations diplomatiques très compliquées, la rédaction serbo-croate bénéficie d’une mobilisation plus faible au niveau local. « Nous avons beaucoup d’ennemis dans la région du fait de nos prises de positions passées », explique un journaliste. « Même si nous avons toujours privilégié une information factuelle, nous nous sommes ouvertement élevés, dans nos commentaires et nos analyses, contre le régime de Milosević, l’agression serbe en Bosnie et en Croatie ou encore les bombardements de l’Otan sur la Serbie et le Kosovo. »

À Paris, plusieurs députés, de gauche comme de droite, ont écrit à la direction de RFI, à l’Élysée et aux ministères de la Culture et des Affaires étrangères pour plaider en faveur du maintien des émissions en langues locales.

« D’un côté on s’engage sur le plan militaire mais de l’autre on se désengage sur le plan politique et des droits de l’homme », déplore Sandrine Mazetier, députée PS de Paris qui dénonce « la logique comptable » du projet. « Les chiffres d’audience n’ont aucune importance quand il est question de liberté, de démocratie et de pluralisme. Que ce serait-il passé si, en 1940, la BBC avait décidé d’évaluer au préalable l’audience potentielle de l’appel du général De Gaulle ? »

Présidente du groupe d’amitié France-Albanie au Parlement, la députée UMP de l’Essonne Genevève Colot estime, pour sa part, que la mesure priverait les auditeurs albanais de leur liberté. « Cela fait des années que les émissions en albanais existent et résonnent comme la seule voix de la liberté dans ce pays, il serait donc dommage de les supprimer », nous a-t-elle confié.

[1] Ces radios portent respectivement les voix de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et des États-Unis dans la région.

17/07/2007

"Je parle donc je suis". Une phrase qui ne veut rien dire.

Ce week-end, la francophonie faisait recette : deux concerts se sont réclamés d’elle.

Et pourtant, ces deux manifestations étaient assez différentes l’une de l’autre. Là était leur intérêt et la justification de ce petit billet. Ainsi, deux concerts ont eu lieu : l’un à Paris, à la Bastille, organisé par RFI autour d’artistes africains majeurs comme Ismaël LO ou les bah Cissoko, artistes qui ont illustré la diversité et la beauté des langues africaines. L’autre… ou plutôt les autres… ceux des Francofolies, se sont déroulés comme chaque année à La Rochelle avec l’ambition de stimuler la richesse créative du répertoire contemporain français. La juxtaposition de ces deux événements était particulièrement intéressante.

Ici l’on chantait en français et là non… pourtant dans les deux cas, c’était bien de francophonie qu’il s’agissait. La question est naïve mais légitime. Pourquoi cela ?

Expression créative, rencontres, plaisir. Voici à mon sens les « fondamentaux » de la francophonie. La « Défense et Illustration de la langue française » possède quant à elle un caractère restrictif qu’il faut manipuler avec prudence et  qui ne doit pas devenir un enjeu central dans ce débat.

Sur ce point, on prend le risque de diviser, car l’on peut immédiatement se heurter à certaines conceptions puristes de "la" langue. Ces conceptions possèdent certes une certaine noblesse (un certain ridicule aussi en développant la nostalgie d'époques révolues où le français n’était pas plus beau mais tout simplement différent)  mais elles sont aussi dangereuses du point de vue de la modernité des débats. Car les tendances « grévissiennes », « grammaticales », du « voici comment il faut pratiquer la langue française » ont déjà fait beaucoup de mal en tissant autour de notre langue un réseau de préjugés maintenant solidement attachés. Aujourd’hui, la notion de « langue difficile »  constitue presque un réflexe chez la plupart des étudiants, un peu partout autour du monde. En partie parce qu’il est vrai que les bases linguistiques du français sont plus difficiles à maîtriser que celles de l’anglais par exemple. Mais aussi en partie à cause d’une attitude rigide et normative dont nous faisons montre dans nos politiques de diffusion de la langue française ou tout simplement dans le contact que les Français développent avec « l’autre », attitudes qui ont fini par enfermer le français dans le ghetto de l’élitisme.

Il n’y aurait donc un choix qu’entre pratiquer parfaitement le français ou ne pas le pratiquer du tout ?

Sans doute pas. On y reviendra.

Arnaud PANNIER

13/07/2007

Pour en finir avec la décadence... (Vaste programme!)



Hier encore,… j’avais vingt ans, euh…enfin, plutôt 32 comme d’habitude depuis maintenant quelques mois, et surtout, j’écoutais une émission de RFI intitulée Décryptage. Très bonne émission de « géopolitique pour les nuls ! ». On parlait dans cette émission de la Côte d’Ivoire. Jean-Pierre DOZON en était l’invité. Cet anthropologue est directeur de recherche à l’IRD, et de plus, un intervenant de grande qualité. Au cours des échanges, ce dernier a présenté le déclin des positions françaises dans un pays de plus en plus ouvert aux intérêts américains et chinois… Un déclin qui coïncide avec le développement stratégique de ce pays sur la scène internationale car la Côte d’Ivoire possède d’intéressantes réserves de pétrole et de gaz.
Je trouve ce cas exemplaire d’une attitude malheureusement fréquente … sans incriminer JP DOZON dont le propos n’était pas si grossier, j’essaye de pointer ici un réflexe bien français. Car finalement le message qui se développait était celui-ci : (attention je caricature à l’extrême !) : « Vraiment les Français sont indécrottables ! Nous exerçons une influence inutile pendant un demi-siècle… et maintenant que ce pays pourrait se révéler intéressant pour nos intérêts nationaux… nous nous faisons mettre dehors pas des pays plus puissants ! »
Personne n’est dupe, bien entendu, d’un tel propos et tout un chacun reconnaîtra l’intérêt stratégique de notre partenariat historique et privilégié avec la Côte d’Ivoire… un pays véritablement ami, malgré les épreuves traversées au cours de ces dernières années.
Mais le ton défaitiste et nostalgique de ces discours est bien plus gênant ! Car quoi… Oui, la Côte d’Ivoire et la France entretiennent des relations privilégiées. Oui, la géopolitique contemporaine transforme tous les jours les rapports de force entre les états. Oui, la France doit s’adapter aux contextes qui se dessinent. Mais enfin ! La Côte d’Ivoire ne représente t’elle pas une opportunité exceptionnelle pour la France?
La francophonie linguistique et institutionnelle y est vivante, influente, puissante. Autour de cette francophonie se sont articulées de nombreux contacts politiques, économiques, amicaux ! La France possède tout simplement quelques longueurs d’avance sur des chantiers d’avenir. Exploitons les plutôt que de développer un discours perfide qui possède un fort effet pervers. Car si nos amis ivoiriens l’entendent trop … ils en intégreront les données et nous aurons alors l’air malin de développer un discours auquel finalement, nous serons les seuls à ne pas croire !

Arnaud PANNIER

 
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