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20/11/2008

Entretien avec Jean Louis ROY (Partie 2)

 

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Source : http://www.gaboneco.com/show_article.php?IDActu=11025

 

Quels sont selon vous les meilleurs moyens que la langue française rayonne au-delà des 68 pays et territoires qui en ont fait leur véhicule culturel?

D’abord que dans les organisations internationales qui sont multilingues par exemple, que l’on progresse encore dans le respect des régimes linguistiques. Les nations unies ont six langues officielles, on doit avoir les documents dans les six langues officielles, les réunions doivent se tenir dans les six langues officielles, etc.
On a un exemple très précis et extrêmement important compte tenu de sa visibilité, qui sont les Jeux Olympiques. La langue des Jeux est le français, Pierre de Coubertin était français, et après l’anglais s’est installé et a pris une place considérable. Abdou Diouf il y 5 ans, a observé les Jeux Olympiques en disant que cette situation était inacceptable puisque le français qui est la langue officielle des Jeux Olympiques n’était pas visible. Il a suivi le Comité olympique, il a nommé des représentants français auprès du Comité olympique, qui sont allés au moment des Jeux Olympiques en Italie pour négocier et s’assurer que les annonces publiques, l’affichage, les documents soient en français. Les gens disaient que ça ne donnerait rien. Cette année il a signé une entente formelle avec le Comité olympique, il est allé signer à Pékin au moment des Jeux où il a tenu une réunion des pays francophones et de l’avis de tout le monde, la progression de l’usage de la langue française dans les Jeux de Pékin était considérable. Toutes les annonces se faisaient en français, l’affichage se faisait en français, grâce à cette entente entre le Comité olympique et les 68 pays de la Francophonie. C’est une bataille. Boutros Ghali disait que la Francophonie, si elle voulait être forte devait être subversive et elle n’avait pas tort. A un moment donné on regarde les choses on dit que cela ne nous convient pas telles qu'elles sont et on veut un changement et on est 68 pays à le demander. Et quand on peut avoir les Espagnols avec nous, on passe à 100 pays qui le demandent, et quand les Lusophones sont là on est 120 pays qui le demandent.

Ne pensez-vous pas que la mondialisation joue contre l'avancée de la langue française dans la mesure où les communications scientifiques, les recherches, comme les négociations internationales, se font généralement en anglais?


C’est indéniable que dans les communications scientifiques, les recherches, certaines négociations internationales, depuis la 2e guerre mondiale, l’anglais a occupé une place considérable, mais cette période est terminée. L’anglais va rester une des grandes langues mais on entre dans une ère où ce n’est plus langue française/langue anglaise, une ère où la pluralité des langues, le multilinguisme va devenir de plus en plus la norme. Les assises de la langue anglaise ont plus d’un siècle et demi d’existence, car il est un phénomène particulier parce que la Grande Bretagne a dominé le monde à peu près entre 1850 et 1930 et ensuite les Américains ont pris le relais, et la pax britanica et la pax américana parlent la même langue. D’habitude quand il y a un changement de pouvoir au niveau mondial, on part d’un régime linguistique à un autre, mais eux ont eu la chance d’avoir une continuité sur un siècle et demi absolument extraordinaire et puis ils ont mis beaucoup d’argent pour soutenir le rayonnement et le développement de la langue anglaise dans le monde.
Les Etats-Unis ne sont plus la seule puissance, ils sont en train de devenir un pays bilingue, le débat langue anglaise/langue espagnole est permanent aux Etats-Unis, on demande des réactions immédiates parce qu’il y aura 100 millions de locuteurs espagnols aux Etats-Unis dans 30 ans. Les assises de la langue anglaise ne sont pas tout à fait les mêmes. La langue anglaise ne va pas disparaître, elle va rester une grande langue mais ce ne sera plus un régime unique, ce sera le multilinguisme. Comme ce que les Africains vivent spontanément, au Burkina Faso, dans beaucoup de pays ils parlent trois ou quatre langues, ils vivent ensemble, ils trouvent des solutions pour se comprendre, etc.


En dehors de l'anglais, on assiste à la montée des langues des pays émergents. Quelles stratégies pour promouvoir la langue française face à la montée de ces nouvelles contraintes?


S’allier avec eux. Avoir les Hispanophones, les Lusophones. J’ai déjeuné avec l’ambassadeur du Japon au Gabon et il annonçait une contribution du Japon à la Francophonie, qui sera entre autres mise en œuvre au Gabon. Le Japon ne fait pas cela par grandeur d’âme, c’est un jeu d’intérêts. Si l’on veut que le statut de notre langue soit respecté, il faut respecter celui des autres et on ne va pas gagner tout seul, on va gagner grâce à des alliances. Les langues asiatiques qui arrivent, pour qui ce ne sera pas simple de s’imposer dans le monde, on pourra faire des alliances avec elles. Le don du Japon à la Francophonie est un exemple magnifique des préfigurations de ce qu’on ne connaît pas encore très bien mais qui va se déployer dans les vingt prochaines années, un nouveau régime linguistique à l’échelle internationale. Il y a quelque chose d’étonnant qui va se produire, des figures d’alliances qui ne se sont jamais produites et que la mondialisation rend possible et nécessaire.

Le cantonnement de la langue française dans les territoires originels de la Francophonie (ceux de l'ACCT) n'est-il pas dû à un moindre rayonnement des sites de production scientifique, notamment les universités et laboratoires de renommée internationale?


Depuis les années 1950, la production dans les grands domaines de la science s’est faite en anglais parce que le cycle linguistique mondial appelait cela et que pour exister il fallait que cela prenne le sceau américain. Mais je crois qu’aujourd’hui c’est le sceau multilingue. Dans des multinationales où on a essayé d’imposer la langue anglaise, le fonctionnement est vite devenu ingérable au Brésil par exemple. Parce que les employés ne nous comprennent pas, l’affichage ils ne savent pas de quoi il s’agit, il y a des fautes dans la production, il y a des mouvements de contestations qui n’auraient pas dû avoir lieu mais les gens n’ont pas compris la façon de gérer les ressources humaines, et qu’est ce qu’ils font tous : ils sont en train de passer au multilinguisme. Plus la mondialisation se développe, plus elle est réelle, c'est-à-dire qu’il arrive au Gabon des investisseurs chinois, des investisseurs brésiliens, plus ces sociétés qui viennent d’ailleurs et qui avaient peut être adopté l’anglais, vont se rendre compte que pour leur propre intérêt, pour leur propre niveau de production et pour l’ajustement aux sociétés d’accueil où elles se trouvent, le régime d’unilinguisme est impensable et contreproductif.
On va assister, y compris dans le domaine scientifique, à une réémergence de la production dans plusieurs langues. Et ca va être facilité par tous les systèmes de traduction simultanée et les formidables outils technologiques qui permettent une production démultipliée par rapport aux régimes linguistiques.

Les difficultés que rencontre aujourd'hui la jeunesse du Sud, notamment la jeunesse africaine, pour obtenir un visa d'études pour la France, la Belgique ou le Canada, ne sont elles pas un sérieux frein pour le rayonnement et l'expansion de la Francophonie ?

 
Cela fait 20 ans que je dis la même chose : il n’y a pas de Francophonie si les francophones ne peuvent pas circuler dans les pays francophones. L’espace francophone qui était ouvert et qui s’est fermé doit se rouvrir à nouveau. Les milieux d’affaires le réclame, les investisseurs le réclame, les chercheurs le réclame, les sportifs le réclame, les étudiants le réclame et cela vient très lentement.

 Si j’étais un jeune africain, que j’avais l’ambition d’aller étudier à l’étranger, que j’avais trouvé les moyens de le faire et qu’on me refusait un visa, j’aurais beaucoup de difficultés à ne pas mettre une croix sur la Francophonie.
Il faut être clair, cela ne veut pas dire non plus une politique porte ouverte, mais ce qu’on a fait ces dernières années est inacceptable. Il y a une bataille à mener, il faut que les jeunes poussent sur leur gouvernement. Les gouvernements africains traduisent ce besoin dans les sommets de la Francophonie, on en a parlé à Québec, on a un vrai problème qui est que nos jeunes s’en vont étudier aux Etats-Unis parce que sur leurs visas ont leur met deux ans, six mois, etc. alors que le Canada, la France, les Belges ferment la porte. Il n’y aura pas de Francophonie si les jeunes ne peuvent pas circuler.

 
Vous reconnaissez que la mondialisation transforme l'espace économique et culturel. Certains pays africains sont de plus en plus malgré eux poussés vers un bilinguisme de fait. Comment inverser cette tendance?

C’est plutôt une bonne chose d’être bilingue, d’être trilingue. Les africains ont une longue pratique du multilinguisme, plusieurs d’entre eux parlent plusieurs langues nationales et une ou deux langues venues d’ailleurs. Il faut distinguer le bilinguisme officiel et le bilinguisme des individus. Que tous les individus parlent le plus de langues possible est un acquis formidable. Ce qui deviendrait plus embêtant pour la Francophonie serait que les régimes d’ensemble déclarent une espèce d’égalité constitutionnelle et juridique des langues. Je pense pas qu’on en soit là, il y a le cas du Rwanda, mais dans l’ensemble je ne vois pas de pays nous annoncer qu’ils vont devenir officiellement bilingues.

 
Le Rwanda a déclaré le 14 octobre dernier qu'il abandonnait le français au profit de l'anglais. Au-delà des supputations qui ont suivi cette décision, que d'aucuns ont placé dans le contexte des relations tumultueuses entre Paris et Kigali, quel peut en être la conséquence?

 
Le Ghana est entré dans la Francophonie, évoquant que son environnement géopolitique (Mali, Niger, Burkina Faso, Côte-d’Ivoire, Togo) était francophone et qu’il avait besoin de comprendre la langue et de faire des échanges, et qu’il allait faire des efforts pour enseigner le français chez eux.
Il est incontestable qu’il y a une partie du Rwanda qui est anglophone. Que le Rwanda attache de l’importance à son environnement est un fait et le Rwanda est libre de ses choix. Je crois que c’est un choix qui est très discuté d’abord au Rwanda, qui n’est pas partagé par tous les rwandais. Deuxièmement, c’est un choix que d’autres pays ont fait et dans tous les cas, il n’y a pas d’exceptions, cela a été de courte durée et ils sont revenus à leur situation initiale, cela a été notamment le cas en Guinée Conakry, à Madagascar ou au Maghreb.
Je souhaite de la chance au Rwanda. Quand on a fait cette annonce, le lendemain matin, c’est peut être 40 000 enseignant qui devront commencer dans les salles de classe à enseigner les mathématiques, la géographie, l’histoire, en anglais, former les professeurs dans une langue étrangères, tout cela est très difficile. Ce qui risque de se passer, que je ne leur souhaite pas, c’est qu’on recycle rapidement des professeurs qui ne maîtrise pas bien l’anglais, qu’on les amène à enseigner, qu’ils réussissent mal leurs enseignements, que la productivité du système éducatif baisse et que les rwandais trouvent que cette décision était hasardeuse. Que le Rwanda décide d’enseigner davantage l’anglais c’est son choix. Si cela se fait sur une base graduelle avec les ressources humaines nécessaires, très bien. A moins qu’il y ait un effort énorme qui vienne du Commonwealth, des Etats-Unis, j’ai beaucoup de craintes que l’expérience fasse perdre beaucoup d’investissements.


Ne craignez-vous pas que certains pays voisins, comme le Burundi et la République démocratique du Congo, dont une bonne partie de l'élite au pouvoir est anglophone, n'emboîtent le pas au Rwanda?

Il y a aucun signe clair du Burundi, où je suis allé au mois d’avril, et de la RDC, dans cette direction.

 
Pensez-vous qu'il soit possible de créer une sorte de "visa" francophone pour faciliter la mobilité des citoyens de cet espace, notamment les étudiants, les chercheurs, …?

 
Quand j’étais secrétaire général j’avais créé un comité avec les plus grands juristes de l’espace francophone, on a travaillé pendant deux ans sur un projet sur la libre circulation, qui a été rejeté.

Tout le monde attend cela et j’espère que ce arrivera un jour.

Les lusophones viennent de ce doté d’un tel système. Quand vous êtes brésilien vous n’avez pas besoin de visa pour entrer au Portugal et inversement.

 Cela va venir, il faut que les groupes d’influence, les groupes d’hommes d’affaires poussent. Les gouvernements ne comprennent que cela, la volonté populaire, la volonté des groupes de faire évoluer la situation.
Encore une fois ce n’est pas la politique de la porte ouverte à tout le monde qui veut partir demain matin, il devra être régulé et puis il y a des catégories où cela doit être hautement développé.

     Et puis il y a la France, le Canada, etc. Mais il y a aussi le Maroc, qui reçoit 7000 étudiants africains par an, donc ca circule. Quelques fois, il y   a des blocages entre les pays africains eux-mêmes. La Francophonie devra prendre à terme l’initiative de mettre sur la table la question de la libre circulation et poser la question telle qu’elle est entre le Nord et le Sud, entre le Sud et le Sud».

17/11/2008

Entretien avec Jean Louis ROY (Partie 1)

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Biographie : http://www.ichrdd.ca/francais/apropos/jeanLouisRoyBio.html

De part votre expérience à la tête de la Francophonie, de part votre vécu quotidien, en tant que simple citoyen et universitaire, quel est l'avenir de la langue française ?

«C’est une question qui se pose pour toutes les langues. C’est très difficile de prévoir l’avenir au sujet d’une langue. Je vais vous donner trois exemples. Si on avait fait cette entrevue en 1985, on aurait convenu tout de suite que la langue russe avait un immense avenir dans la moitié de l’Europe. L’Union soviétique s’est écroulée et la langue russe a dégringolée. Je suis Québécois, on vit tout près des Etats-Unis d’Amérique et quelqu’un qui serait venu me voir en 1980 pour me donner un texte qui aurait dit qu’il y aurait 60 millions d’Américains qui vont parler espagnol en 2008, on aurait pas publier le texte, on aurait dit que c’est une spéculation incertaine. Et puis, qui aurait pensé il y a encore 15 ans que les puissances asiatiques finiraient, comme elles le font maintenant, à développer des politiques culturelles et linguistiques agressives et très hautement financées pour que leurs langues soient apprises dans le monde et aient un rayonnement international, et dans le cas de la Chine, pour que le mandarin devienne l’une des deux langues mondiales avec l’anglais.
C’est très difficile à prévoir l’avenir des langues. La langue française a cependant quelques atouts, elle est d’abord sur les 5 continents. La langue espagnole n’est pas sur les 5 continents, c’est une langue très parlée, elle est parlée maintenant aux Etats-Unis, une grande puissance, plus l’Amérique latine, en Europe, un peu en Afrique et c’est tout. La langue allemande, c’est une grande langue avec 100 millions de locuteurs, c’est un grand pays, la République fédérale allemande, mais elle n’est parlée qu’en Europe, et encore, dans une partie très spécifique de l’Europe. Alors que le français est parlé en Amérique, elle est parlée en Afrique, au Maghreb, au Proche Orient, en Europe évidemment, pas suffisamment mais elle est quand même parlée en Asie, il y a un nouveau pays asiatique qui vient de se joindre à la Francophonie qui est la Thaïlande. Donc son premier atout c’est son ancrage géographique de partout dans le monde.

Deuxièmement, elle a, ces dernières années, fait quelques choix assez audacieux qui viennent consolider sa présence un peu partout dans le monde. Par exemple elle a créé TV5, dont le signal est capté dans 202 pays. C’est une télévision mondiale en langue française et aujourd’hui il y a 75 millions de personnes qui la regardent tous les jours. Au sommet de Québec, elle a obtenu des ressources financières importantes, 25 millions de dollars pour son développement.

La langue française a la chance aussi d’être parlée par plusieurs pays. La langue allemande est parlée en Allemagne, un peu en Suisse et un peu Autriche. Le français est parlé dans une cinquantaine de pays, donc quand on dit que les Francophones vont se concerter ce n’est pas trois pays qui se réunissent, c’est un pays sur trois dans le monde. Depuis que je suis arrivé, en tant qu’ambassadeur de la langue française, j’ai vu une vingtaine d’ambassadeurs des pays francophones. Si j’étais allemand, au titre de la langue allemande je n’aurais vu personne.

La Francophonie n’est pas parfaite, mais elle est quand même organisée. L’Organisation internationale de la Francophonie est réelle. Elle est de plus en plus moteur des autres communautés linguistiques qui se greffent à elle pour un grand nombre de ces initiatives au plan mondial. Dans le cadre de la Convention sur la diversité culturelle de l’UNESCO, dans le cadre du Protocole de Kyoto, le Sommet mondial sur la planète Terre à Rio en 1992, et dans la Conférence de Copenhague qui arrive en 2009 pour le suivi de Kyoto, l’OIF va certainement essayer de travailler en partenariat avec la communauté euro américaine, hispanophone, la communauté lusophone, donc la Francophonie joue ce rôle d’entraînement auprès des autres communautés.
Et puis elle a un potentiel démographique énorme, s’il y a 500 millions de locuteurs de la langue française en 2035, il va y en avoir 300 millions sur le continent africain, qui est majoritaire dans la Francophonie et qui va l’être de plus en plus. Il y a un potentiel de croissance naturelle dans la communauté francophone, même sans tenir compte de l’extérieur, qui est considérable.

On ne peut pas dire quel sera l’avenir de la langue française mais on peut mettre un certain nombre de balises pour dire qu’elle est quand même très solidement enracinée.

Pourquoi dites-vous que la Francophonie est politique par nécessité et culturelle par essence?

Elle est culturelle par essence parce que les langues sont au cœur de l’identité culturelle des peuples. La Francophonie, qui n’attacherait pas une immense signification à cette dimension culturelle, ce serait n’importe quoi, c’est une question très liée à l’héritage spirituel, culturel, linguistique...

Elle est politique par nécessité parce qu’il y a une compétition linguistique dans le monde, et cette compétition ne cesse de s’agrandir maintenant. Elle est politique aussi parce qu’à partir de 1990, les questions liées à l’expansion de la démocratie, au respect des droits humains, sont devenues universelles et il aurait été inimaginable que la Francophonie dise que ces affaires-là ne la concernent pas. Beaucoup de gens ont fait de très sévères critiques, en disant qu’on se prenait pour l’ONU et il y a aujourd’hui encore des gens qui voudraient que la Francophonie soit un grand lycée où on enseigne le français. La Francophonie c’est d’abord les Francophones et les Francophones vivent dans des pays donnés, où il y a des problèmes de gouvernance, où il y a des problèmes de droits humains, de respect des minorités. Donc on ne peut pas réunir 68 gouvernements et dire que ces questions là, on n'en parle pas. On perdrait toute crédibilité immédiatement. Je crois que si la Francophonie se retirait de ces dossiers de nature politique, un certain nombre des Etats membres se retireraient, pas avec fracas, mais au niveau de l’intérêt réel et profond, ils se diraient que notre destin n’est pas simplement la langue française, c’est plutôt la vie des personnes, leurs situations au titre des droits, de la démocratie, au titre de la croissance économique, etc.

La nécessité politique que vous évoquez explique sans doute l'étirement de la Francophonie, qui englobe aujourd'hui des pays où la langue française n'est pas la langue officielle. Cet étirement ne vide-t-il pas la Francophonie de son essence?

Il y a deux points de vue sur cette question. Le premier consiste à dire que les responsables de la Francophonie ont fait une erreur en acceptant le Mozambique, le Ghana, en acceptant la Thaïlande il y a quinze jours, etc…Ceux qui défendent cette thèse ont une vision de la Francophonie très cadastrée, selon laquelle il y a un certain nombre de pays francophones et cela doit rester comme ça sans qu’on en ajoute un seul.
D’autres, dont je suis, constatons que d’autres pays frappent à la porte de la Francophonie, on ne va pas les chercher, ils frappent nombreux à la porte. Ils s’intéressent à ce que font les Francophones au titre de la conscientisation politique, les questions environnementales, les questions de droit, etc. C’est pour cela qu’ils viennent chez nous et nous, en contrepartie, c’est le point de vue d’Abdou Diouf, ces pays qui nous viennent qui ne sont pas Francophones, on va faire un pacte linguistique avec eux et ils vont prendre des engagements liés à la place de la langue française dans leur société, par exemple s’ils n’enseignent pas la langue française ils vont l’enseigner. Ils ne vont pas devenir francophones à 100% comme le Gabon ou le Québec mais ils ne seront pas membres de la Francophonie sans faire un effort du coté de la langue française.
Il y a des pays qui ont tenu leurs engagements, d’autres l’ont moins fait, mais c’est une des choses sur lesquelles Abdou Diouf est des plus vigilants. Il m’a envoyé au Mozambique au mois de mai voir les autorités, j’ai vu le président de la République, pour voir quel est l’effort que le Mozambique est vraiment prêt à consentir.

 
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