Avertir le modérateur

31/10/2010

Une tribune au sujet de la francophonie _ Frantz Duval

haiti_lenouvelliste.jpg

C'est quoi la francophonie ? Je ne m'étais pas posé la question jusqu'à ce que je reçoive invitation à couvrir à Montreux, en Suisse, le XIIIe Sommet de la francophonie qui marque les 40 ans de l'organisation. Pour moi, la langue française, je la parle parce que j'ai eu la chance d'aller à l'école et parce que Haïti a gardé de la France l'une de ses plus belles conquêtes : cette langue rétive, si compliquée à écrire, à maîtriser, à dompter.
La francophonie pour moi, c'est Maurice Duwiquet sur radio Métropole, un éditorial de Carlo Désinor dans Le Nouvelliste, le point de l'actualité de Radio Haïti Inter par
Jean Dominique [journaliste assassiné le 3 avril 2000] ; et, pour ne pas citer que des morts, Marcus Garcia sur Mélodie FM et surtout Gilbert Fombrun. Aussi bien quand ce dernier présente Trapèze des Etoiles que lorsqu'il lit une dépêche de l'Agence France Presse mieux que celui qui l'a écrite. La francophonie, c'est aussi Léopold Sédar Senghor que j'ai vu passer sur Lalue il y a longtemps, sans savoir qu'il était écrivain, encore moins qu'un jour son pays, le Sénégal, allait recevoir des étudiants haïtiens. C'est Pradel Pompilus ou Aimé Césaire, et ces intellectuels qui n'ont pas de remplaçants.

                                                                
La francophonie, c'est Petit Bateau dans mes sous-vêtements de gosse. Prisunic et ma première bûche de Noël. Le Club Med de Montrouis, qui, ado, m'a fait rêver. Mon premier Que sais-je ? acheté trois gourdes. Un canapé dans la bibliothèque de l'Institut français qui donne face à la mer. Une Renault 25 rouge sang. Une soirée Vins et fromages que je n'ai pas aimée. Les jeunes peintres ou l'exposition Graffiti de Ralph Boncy que je découvre dans la galerie en quartier de lune du Bicentenaire. Une file interminable pour acheter Les Blancs débarquent de Roger Gaillard. Mes professeurs d'économie et de journalisme qui enseignent pour échapper à leur service militaire. La dernière fois que j'ai vu Georges Anglade [l’écrivain géographe est mort lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010] en conférence au haut du Bois-Verna. Et mille petits trucs qui vous cimentent le roc de votre culture. 

 
C'est RFI qui me ravit, comme ce jour où j'ai entendu Sandrine Kimberlain ou Carla Bruni dire qu'elle aurait aimé avoir chanté Je suis de celles de Bénabar. Depuis, je suis tombé en amour pour les textes de ce chanteur comme avant j'ai aimé Aznavour, Sardou, Souchon, Juliette ou les cent autres auteurs compositeurs qui font la discothèque de ma francophonie personnelle. Ce sont tous ces auteurs que je ne lirai pas, mais que je connais. C'est une plaisanterie de Ruquier, la rudesse d'Eric Zemmour, Le Dîner de cons que je regarde pour la 20e fois. Toutes les émissions de William Leymergie qui m'ont réveillé. C'est tout Bernard Pivot et toutes ces émissions qui débattent de choses qui ne me regardent pas, mais que je regarde avec le gourmand plaisir de celui qui ne retrouve pas chez lui des discussions de ce niveau. Ni par la langue ni par les idées.


Ma francophonie, c'est aussi un ensemble de regrets. Celui de voir la langue française délaissée. La France sans ambition en Haïti. Haïti sans passion pour aucune langue. Le XIIIe Sommet de la francophonie s'ouvre et je ne retrouve pas le pavillon d'Haïti au village qui réunit le monde francophone sur les rives du lac Léman à Montreux. Dans le supplément Francophonie édité par le quotidien suisse 24 heures, on fait référence à Haïti avec la citation : "Tout ça, c'est la France !" qui, selon le journal, signifie en créole "quand quelqu'un parle beaucoup pour ne rien dire"... Je ne connais pas cette citation, ou plutôt on dira "il parle le français" (lap pale franse) pour dire que l'on parle pour ne rien dire. Qui leur a refilé cette traduction ? En fait, la citation tronquée ou le pavillon manquant, cela n'a aucune importance. Et pour nous, et pour la francophonie, il faut que l'histoire commune commence. Nous avons une langue en partage. Une histoire qui se recoupe. Un avenir qui doit se rejoindre.

Source : http://www.courrierinternational.com/article/2010/10/21/l...

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu